La violence et le sacré

 

 

Retour de la barbarie 

Pour comprendre l’état du monde aujourd’hui, il faut relire Jules César de Shakespeare. En particulier, les deux premiers actes. Le dramaturge montre parfaitement comment la tyrannie s’est installée à Rome, et comment les Romains se sont laissés tyrannisés (« servitude volontaire », dira La Boétie), acte I scène 3, 103-105 :  

Cassius. And why would Caesar be a tyrant then ?

Poor man ! I know, he would not be a wolf,

But that he sees the Romans are but sheep.

 

CASSIUS. ─ Et pourquoi César serait-il un tyran ?

Le pauvre ! Évidemment, il ne serait pas un loup

S’il ne constatait que les Romains sont des moutons.  

 

   Un peu plus loin, voici comment Brutus définit la tyrannie (II, 1, 18-19) :

 

Brutus. The abuse of greatness is, when it disjoins

Remorse from power.

 

BRUTUS. ─ Ce qui distingue la grandeur de l’abus 

          de grandeur,

C’est quand le pouvoir se détache de la conscience.


   Manière de dire que Donald Trump est fou. 

   Dans son dernier livre sur René Girard, Le Désir de tyrannie, Benoît Chantre dit simplement : « Le délitement des nations mondialisées a renforcé la tyrannie des opinions manipulées par les réseaux sociaux. » Tous moutons, donc. Et tous responsables. Puisque ce que nous savons, nous ne l’empêchons pas. 

All this the world well knows, yet none knows well
To shun the heaven that leads men to this hell.

 

Tout le monde sait ça, mais nul ne sait comment

On fuit ce paradis qui conduit à l’enfer.

Sonnet 129


  

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