Éducation

 

 

Implication

 

« Le terme explication, utilisé pour l’analyse des textes, est dangereux. Il paraît supposer qu’il y a de l’impliqué, du caché, quelque chose derrière ou dessous la surface apparente, un secret dans le noir du pli ; comme s’il existait un fond et des lecteurs profonds. »

Michel Serres, Feux et signaux de brume. Zola, 1975. 

 

En classe, pour favoriser l’implication du « je », la prise de parole ne doit jamais être gratuite, même dans un simple exercice de grammaire. Faire de la grammaire pour la grammaire revient à compter les étoiles sans rêver. L’élève doit parler pour lui-même, il est responsable de ses énoncés et de ses productions. Il ne s’agit pas de « mise en autonomie », mais de « prise de responsabilité », de prise en compte de la personne entière. L’élève s’engage, l’élève s’expose. L’implication est un acte d’audace, c’est une prise de risque par rapport à son maître, par rapport à ses pairs. Il n’y a pas d’apprentissage objectif, neutre ou indifférent. En classe, c’est toujours « moi » qui parle, sinon « je » n’apprend rien, il répète seulement.

   Dans ma panoplie d’exercices non analytiques, je pratique l’ implication de texte plutôt que l’explication de texte, comme une approche littéraire par l’intérieur, en se situant à la place d’un personnage, ou à la place de l’auteur, ou à celle d’un observateur in situ, au lieu de rester extérieur au texte. Le point de vue d’Oliver Twist sur son environnement, sur sa condition sociale, sur tous les humains plus ou moins bien intentionnés à son égard, est passionnant à imaginer. Son avis est sûrement autre chose que l’analyse d’un historien ou d’un sociologue sur la période victorienne. Il faut toujours placer le sujet au centre de la parole.

 

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