Éducation
Enfant autonome ou enfant seul ?
Si être autonome cela signifie « savoir faire tout
seul », cela peut se concevoir comme bonne finalité de l’éducation. Mais il est dangereux de l’utiliser comme méthode. C’est pourtant ce que
recommandent les instructions officielles.
« L’apprenant ne reçoit pas les informations, mais il va les
chercher lui-même en mettant en place des stratégies individuelles
d’apprentissage. […] L’apprenant doit se donner un objectif, analyser les
moyens d’y parvenir, dégager les priorités, établir une progression, doser ses
efforts et passer aux actes en interagissant avec les autres. […] L’autonomie
de l’apprenant implique qu’il prenne activement en charge tout ce qui constitue
un apprentissage, c’est-à-dire aussi bien sa définition, sa gestion et son
évaluation que sa réalisation. » (Henri Holec, L’Autonomie de l’apprenant, 1991, Éditions du Conseil de l’Europe).
Si l’autonomie consiste à laisser l’élève trouver tout seul les moyens de sa réussite, il ne s’agit pas d’une méthode éducative mais d’une démission de la part des maîtres. Cela ne correspond à rien de naturel. Où trouve-t-on en soi les moyens de son autonomie ? La question est circulaire et absurde. À moins de s’en remettre à l’inné (toujours douteux), et pourquoi pas aux dons (toujours injustes), on n’y comprend rien. Apprendre, c’est assimiler de l’inconnu, c’est laisser pénétrer de l’exogène en soi, comme un corps étranger. On ne peut apprendre sans sortir de soi, sans aller au-delà de soi. Imaginer qu’il y a des self-made kids comme il y a des self-made men est une idiotie. L’enseignant, l’instituteur, le précepteur ─ appelons-le le maître ─ joue un rôle décisif. Il est parfois le modèle auquel l’élève veut ressembler, il est plus souvent le médiateur. Il n’est pas la cible, il est la flèche ─ tandis que le premier réflexe empathique se situe à la source. En termes girardiens, on parle de « modèle désirable ».
Extrait de Empathie, mimétisme et éducation,
L’Harmattan, 2017.

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