Shakespeare


We are such stuff


Prospero. We are such stuff

As dreams are made on, and our little life

Is rounded with a sleep.

 

PROSPERO. –          Nous sommes de cette étoffe

Dont on tisse les rêves, et notre courte vie

Est cernée par le sommeil

                                                          La Tempête, IV, 1, 156-158. 

 

Non, le monologue de Prospero, et encore moins le « point de vue » de Shakespeare, ne sont que « la vie est un songe ». La formule est bien plus subtile et complexe que cela. La vie est bien réelle. Dans le théâtre de Shakespeare, on vit intensément (Roméo et Juliette), et on meurt encore plus sûrement. Mais dans notre tête, dans notre conscience défaillante et tricheuse, les choses s’embrouillent comme dans un cauchemar.

   Après la féerie que Prospéro-Shakespeare a mise en scène, dire aux spectateurs qu’ils n’ont fait que rêver, c’est justement une manière de les réveiller et de leur faire reprendre conscience. La vie n’est pas un songe, revenez à la réalité !

   J’ai traduit ‘rounded’ par « cernée ». L’idée première de Shakespeare est que notre vie est précédée d’une longue mort et qu’elle est suivie d’une mort encore plus longue. « Au milieu de la mort, nous sommes en vie », a dit James Joyce.

   Comment nous tenons-nous éveillés entre ces deux états ? Si nous ne nous réveillons jamais, nous sommes cernés, comme menacés par nos illusions. Certains, en effet, ne sortent jamais de la confusion de leur « imagination », dirait Pascal. Beaucoup s’y complaisent.

   Et puis, l’image d’une étoffe de rêves est tellement belle !



  

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

La violence instituée

Éducation

La violence et le sacré