Tabous

 

La tendresse 

Il est commun de dire ─ et c’est même une banalité assez sotte ─ qu’il y a autant de bien que de mal en l’homme. À quelle proportion ? On a vite envie de dire « à égalité ». L’erreur est flagrante. L’expression de la malveillance est très courante, généralement désinhibée, on dit même que « ça soulage ». Tandis que l’expression de la tendresse est à peu près interdite.

   Extrait de mon essai Le Maître des désirs.

   « Vous pouvez parfaitement gâcher quarante ans de votre vie à abrutir des enfants, vous pouvez les éduquer dans les théories les plus erronées, leur infliger des préceptes imbéciles, ou leur farcir la tête de notions inutiles et obsolètes, vous pouvez les amener à penser de travers, vous pouvez les torturer mentalement autant que vous le voulez, vous pouvez les mépriser, les haïr, les abaisser moralement plus bas que terre, mais n’aventurez pas une main pour relever une mèche de cheveux qui vous empêche de voir les yeux d’un ou d’une de vos élèves, vous allez être soupçonné de toutes les perversités. »

   J’ai peu eu l’occasion de connaître la manifestation de la tendresse de la part de mes élèves. Les interdits sont trop forts. Je me souviens pourtant d’un adolescent d’origine maghrébine qui, ayant visiblement adoré mes cours de seconde pendant un an, a voulu me témoigner sa reconnaissance au dernier cours du mois de juin. Ne sachant quoi dire, il a simplement passé sa main dans mon dos, et il s’est vite effacé. La tendresse se mesure dans l’infime.

   Je me souviens aussi d’un copain de ma fille adolescente qui, après une soirée particulièrement joyeuse, est simplement venu m’embrasser et, lui aussi, s’est sauvé aussi vite…

   Que dire des adultes chez qui cette qualité a complètement disparu ? Je fais une exception pour « mes » Sénégalais qui sont souvent plus sincères que les autres.

   Le mal et le bien sont-ils vraiment au fond de nous à parts égales ? Il semble que le mal ait pris toute la place et que le bien étouffe. Laissez parler votre cœur, vos mains, vos lèvres.

 

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