Théorie mimétique
Il y a un gouffre entre un
« sacrifice consenti » et un sacrifice arraché à son prochain. Le
même mot recouvre deux notions opposées, c’est ça le drame et c’est comme cela
que nous entretenons la confusion. Elle entretient notre méconnaissance.
De même que Jésus a inversé l’ordre sacrificiel antique (par exemple, en
changeant la Règle d’or qui était « Ne faites pas à autrui… »
en « Tout ce que vous
voudriez que les autres fassent pour vous-mêmes, faites-le pour eux »,
Matthieu 7, 12 et Luc 6, 31), de même a-t-il bouleversé la notion de
sacrifice. Hélas, nous avons gardé le même mot comme pour ne pas comprendre le
message absolument non violent qu’il nous donnait.
Il faut donc conclure (avec modestie) que le « seul vrai
sacrifice » accompli par Jésus sur la Croix est « qu’il détruit le
monde du sacrifice », selon la merveilleuse expression de James Alison
citée page 166. Tout ceci n’est pas très difficile à comprendre. « Que
ceux qui ont des oreilles pour entendre entendent ! » C’est notre
mauvaise volonté qui est la cause de la confusion.
Le « sacrifice de Jésus » ôte-t-il tous nos péchés ? Ce
serait encore un sacrifice expiatoire… archaïque. La mort de Jésus ne peut
pas effacer nos péchés ─ Bernard Perret parle de la « rémission des
péchés » page 156 ─ pour la bonne raison que c’est nous les coupables,
c’est nous qui l’avons mis à mort, par le truchement de la foule déchaînée de
Jérusalem. Nos péchés ne sont pas « purgés » par son sacrifice, mais
seulement par le pardon que Jésus nous accorde sur la Croix. Là encore,
la violence du « sacrifice de la Croix » n’est pas le remède au mal
que nous commettons, et que nous continuons de commettre, c’est le renversement
complet de ce sacrifice en pardon qui peut (seul) nous sauver. En ayant retourné
le pardon en expiation, c’est comme si nous n’avions pas voulu de ce pardon.
Nous sommes tous des mauvais larrons. Le Golgotha est la scène la plus tragique
de l’Histoire de l’humanité.


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