Théorie mimétique
Le sacrifice et le sacré (troisième partie)
Quelle différence entre le sacré et la
sainteté ? Bernard Perret rappelle, à juste titre, que la Notre Père dit
bien : « Que ton nom soit sanctifié » (page 94). Il
n’est pas question de sacré (violent). Le Dieu chrétien est résolument non
violent. C’est à Lui qu’appartiennent « la puissance et la gloire ».
Ceci dit clairement qu’elles ne nous appartiennent pas. Comme le rappelait
Michel Serres, l’expression « Gloire à Dieu et paix sur la terre aux
hommes de bonne volonté » sépare nettement la puissance divine et la
modestie des humains. Jésus, l’interface en quelque sorte, appartient aux deux
royaumes. C’est en reconnaissant à Dieu
sa puissance que les humains ont une chance de faire la paix entre eux.
La
longue réflexion de Bernard Perret sur l’eucharistie paraît capitale, elle est
même centrale. Il dit (page 174) que « lors de son dernier repas, Jésus
nous a offert une forme de présence, plus tangible (si on y est sensible) que
sa seule parole ». En vérité, la veille de sa mort, c’est sa vie que
Jésus partage avec ses apôtres (et avec nous « en mémoire de moi »),
ce n’est pas sa mort. On parle ainsi du « pain de vie ». La
Cène, de ce point de vue, est une espèce de deuxième Incarnation.
La Cène est le décodage de la Croix, annoncée la veille de l’exécution.
À quoi se résume la Cène ? À une bouchée de pain et une gorgée de vin. En
termes sacrificiels, on peut qualifier ce « sacrifice » de
minimaliste. Il est symbolique, si l’on veut, avec quand même la présence
réelle de Jésus à ce moment-là. Tous les sacrifices accomplis « depuis la
fondation du monde » et jusqu’à aujourd’hui, sont ridiculement réduits à
cela. Quelle merveilleuse économie de Parole !
L’ouvrage
s’achève avec une réflexion de l’auteur sur « la fin des temps ».
C’est justement ce à quoi nos contemporains s’entraînent. Les derniers
sacrifices en cours sont exercés contre la Terre (Michel Serres parlait de
« Troisième Guerre mondiale ») et contre l’Homme, avec la
folie transhumanisme où des « hommes augmentés » (en fait, des
humains bourrés de prothèses) vont venir nous remplacer pour accomplir le
« meilleur des mondes ». Non, l’esprit sacrificiel ne nous a jamais
quittés. Sauf un sursaut, une grâce imméritée, nous allons tout droit où Satan
nous guide. Reste à « espérer contre toute espérance », comme
nous y invite Paul (Lettre aux Romains, 4, 18).


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