Anti-sacrificiel
Le jugement de Salomon
Un jour, deux prostituées viennent
se présenter devant le roi Salomon. La première dit : « Mon roi, écoute-moi, je
t’en prie. Moi et cette femme, nous habitons la même maison. J’ai eu un enfant
à un moment où elle était là. Trois jours après, elle aussi a eu un enfant.
Nous vivons seules dans la maison : il n’y a personne d’autre que nous deux.
Cette nuit, le fils de cette femme est mort, parce qu’elle s’est couchée sur
lui. Alors elle s’est levée au milieu de la nuit. Pendant que je dormais, elle
a pris mon fils, qui était à côté de moi, et elle l’a couché dans son lit. Puis
elle a mis son fils mort à côté de moi. Ce matin, je me suis levée pour
allaiter mon enfant, et je l’ai trouvé mort. Quand il a fait jour, je l’ai bien
regardé, mais ce n’était pas mon fils, celui que j’ai mis au monde. » À ce
moment-là, l’autre femme se met à crier : « Ce n’est pas vrai ! Mon fils, c’est
celui qui est vivant ! Ton fils, c’est celui qui est mort ! » Mais la première
femme répond : « Non ! Ton fils, c’est celui qui est mort ! Mon fils, c’est
celui qui est vivant ! » C’est ainsi que les deux femmes se disputent devant le
roi. Le roi Salomon dit alors : « L’une de vous affirme : “Mon fils, c’est
celui qui est vivant. Ton fils, c’est celui qui est mort !” Et l’autre affirme
: “Ton fils, c’est celui qui est mort. Mon fils, c’est celui qui est vivant !”
» Puis le roi ajoute : « Apportez-moi une épée ! » On apporte l’épée. Le
roi donne cet ordre : « Coupez l’enfant en deux et donnez-en la moitié à chaque
femme. » La mère de l’enfant vivant est bouleversée, parce qu’elle aime
beaucoup son fils. Elle dit : « Mon roi, pardon ! Donne plutôt l’enfant vivant
à cette femme. Ne le tue pas ! » Mais l’autre femme dit : « Oui, coupez l’enfant
en deux ! Ainsi il ne sera ni à toi ni à moi ! » Alors le roi prend la parole
et dit : « Donnez l’enfant à la première des deux femmes. Oui, c’est elle qui
est la mère de l’enfant vivant. »
Premier livre des Rois 3, 16-28.
Le jugement
de Salomon, écrit vers le VIe siècle avant notre ère, est légitimement célèbre.
Il « annonce », sans se tromper, le message anti-sacrificiel de
Jésus. La rivalité mimétique des deux femmes est exemplaire. La résolution du
conflit s’annonce violente. Or, l’enfant n’est pas sacrifié (première
résolution sacrificielle ― archaïque ― écartée), mais sa mère non plus (qui
s’offre en autosacrifice ― deuxième résolution sacrificielle vidée de sens). Personne
n’est sacrifié.
C’est à juste titre que cette
« parabole » paraît anticiper le message chrétien. Je ne m’interdis
pas de penser qu’elle a certainement inspiré Jésus, et quand il s’est agi
« d’accomplir les écritures », c’est sûrement l’une de celles qui l’ont
« éclairé ».

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