Apprentissage

 


L’imitation spontanée

 

Dans une conférence donnée en 2007, René Girard revenait sur « l’apprentissage par imitation », et il insistait sur l’extraordinaire capacité des petits enfants à imiter, d’où leurs facilités à tout apprendre.

   En effet, il n’y a pas d’autre moyen d’apprendre que par imitation. Le disciple demande toujours au maître : « Montre-moi. » Mais pour être complètement efficace, il faut que l’imitation soit sans réserve, irréfléchie. C’est ce qui explique que l’apprentissage des langues soit si facile chez les petits enfants : ils imitent sans savoir qu’ils imitent. L’imitation contrainte produit exactement l’effet inverse, et l’adulte conscient d’apprendre une langue étrangère a toutes les peines du monde à y parvenir !

   Cette évidence remet complètement en cause l’école qui impose des règles, qui astreint l’élève à une discipline aveugle. La violence et la force sont les pires pédagogies : elle freine l’apprentissage. Que reste-t-il de « spontané » dans un exercice obligé ? Et que dire des méthodes qui préconisent « l’apprentissage raisonné » de la langue, de l’orthographe, etc. ? Elles apprennent sans doute à raisonner, mais elle n’apprennent pas les langues, ni l’orthographe. Il en est de même de la « sagesse » qui veut qu’on n’ait rien sans rien et qui pense qu’il faut souffrir pour apprendre : cette « sagesse » n’enseigne... que la souffrance. « Redoublez vos efforts. »

   La vérité sur la discipline méchante des maîtres (de certains maîtres), c’est qu’ils ne disposent pas d’autre moyen pour contrôler leurs ouailles. Ils n’enseignent pas, ils exercent leur pouvoir. Pas d’initiative, pas d’invention, la règle, un point, c’est tout. On comprend que René Girard enfant n’ait pas tenu longtemps à l’école !

   À l’opposé de la méchanceté planifiée (pas toujours involontairement) par l’école, l’apprentissage doit se passer dans un climat de confiance complète avec le maître, dans un élan presque spontané (c’est celui du désir mimétique vrai), sans la terreur de la sanction permanente, dans une bienveillance totale. Comme je l’ai souvent dit (j’en ai même fait ma devise) : « Le bonheur est un moyen pédagogique comme un autre, bien meilleur que les autres, bien sûr. » Ou encore : « L’éducation est bien autre chose que la ‘‘transmission de savoirs’’, c’est une affaire de conscience et une aventure du cœur. »

   Retirez l’amour, que reste-t-il ?

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