Et incarnatus est
Comment être son
corps ?
Par un retour insidieux du puritanisme, nous
nous touchons de moins en moins. On voit encore des hommes et femmes politiques
s’embrasser dans des réceptions officielles, mais cela paraît incongru. Les Français
se serrent de moins en moins la main. Il y a bien longtemps que les
Anglo-Saxons ont abandonné cette pratique qu’ils jugent non-hygiénique. Avant
de faire la bise à une petite fille, il faut maintenant lui demander son
consentement ! Et je ne parle pas des islamistes qui trouvent que les
corps européens sont trop exposés à la vue. Ils voilent leurs filles et leur
interdisent de regarder même des représentations de corps nus (dans des
musées, par exemple).
Quand
nous aurons complètement perdu nos corps, que restera-t-il de nous ? Des transhumains,
des androïdes, des marionnettes et des humanimaux.
La
chose n’est pas anecdotique. Elle est profonde. Toutes les religions possèdent
une liste d’interdits qui portent sur le corps. Cela relève de ce que j’appelle
« le mystère de l’incarnation ». Nous ne savons pas quoi faire de notre
merveilleuse incarnation. Que nous l’exaltions dans des phénomènes de modes
sefliques ou que nous continuions de nous torturer primitivement avec des
tatouages ou des piercings, ou encore que nous nous en servions pour des
exploits sportifs ou sexuels, nous en faisons toujours un objet de désir, de
convoitise, de compétition, à exhiber ou à inhiber, à interdire ou à
transgresser : un objet ! Est-il simplement si difficile d’être
son corps ? Est-il possible d’aimer le corps d’autrui comme
soi-même ? N’y a-t-il pas une forme de sagesse dans les caresses ?
Comment avons-nous perdu ce savoir précieux que nous possédions quand nous
étions enfants ?

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