Incarné
Je suis mon corps
Je
n’ai pas mon corps, je ne le possède pas, je suis mon corps.
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Personne
ne possède pas son corps, c’est plutôt le corps qui possède la personne. Ce
n’est pas mon corps qui dépend de moi, c’est moi qui
dépends de mon corps. À tous égards. On pourrait dire que le corps a des
droits supérieurs à ceux de la personne. Avant d’être une identité, je
suis mon corps.
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Je
ne suis pas plus propriétaire de mon corps que je peux être le propriétaire du
corps de quelqu’un d’autre. L’esclavage réduit l’être à une chose et les
propriétaires d’esclaves sont des boutiquiers, des spéculateurs.
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Les
féministes se défendent contre les injustices que subissent les femmes en
disant qu’elles refusent que leur corps appartiennent à un homme. En disant
« mon corps m’appartient », elles continuent, hélas, de conforter
l’idée que le corps peut appartenir à quelqu’un. Elles finissent par perpétuer
l’idée de la femme objet. La contradiction est fatale.
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On
ne choisit pas plus son corps qu’on ne « choisit » son genre, malgré
ce qu’en pensent les libertariens. Je nais avec un sexe, et si ce n’est pas
celui qui correspond à mon genre, le chemin pour parvenir à une harmonie entre
ce que je suis et ce que j’ai reçu peut être long et douloureux.
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Le
corps n’est pas un objet, il est le centre d’une multifide de relations. Pas
seulement de relations aux autres, mais aussi à la terre, à l’oxygène, à
l’histoire et à la culture dont j’hérite... Le corps ne peut pas être
circonscrit à une fonction, une tâche, un droit... il est le lieu où tout
converge. D’où l’illusion flatteuse que je suis le centre du monde. C’est
l’exacte vérité, mais d’un tout petit monde, seulement. Il vaut mieux penser la
persona comme saint Thomas : c’est un faisceau de relations.
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Le
corps ne peut pas être séparé de l’âme qui l’habite. C’est en cela que le corps
est un mystère, au sens religieux du terme ― pas une énigme,
pas une « chose cachée », pas un fantasme. Une telle
« définition » ne peut pas satisfaire les héritiers des Lumières :
non, le corps n’est pas rationnel ni pragmatique. Il ne se réduit pas à une
logique. Il est, avant tout, spirituel. Ceci renvoie au mystère de
l’Incarnation. Un « mystère » n’est pas une réponse à une question,
il est la question elle-même.
En d’autres termes, si l’on retire l’esprit au corps, il ne reste plus qu’une chose, une carcasse que l’on peut prostituer, vendre, découper en morceaux, sur laquelle on peut boursicoter, renchérir, parier et gagner de l’argent. Vision horrifique de notre monde matérialiste.

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