Crise du désir
Désir malade
L’obsession
de soi, la frénésie selfique, le délire de souveraineté, jamais atteinte
(évidemment) et toujours revendiquée, de façon parfois de plus en plus
violente, conduit à un cercle vertigineux qui tourne sur lui-même et s’accélère
par auto-combustion. Cette crise d’autonomie est une maladie auto-immune. Et
comme la jalousie est un poison que l’on s’injecte soi-même, l’obsession de soi
est à peu près impossible à soigner.
En quoi le désir d’un selfique est-il
malade ? Tout simplement en ce qu’il ne cherche pas l’Autre, il ne cherche
indéfiniment que Lui-même. À grand renfort de self-help tutorials, de
vidéos d’influenceurs plus ou moins virtuels, cette quête de Soi par la
négation de l’Autre revient à se désincarner. L’individu, déchaîné sur
Facebook, Instagram et autres réseaux sociaux qui fonctionnent en boucle,
se fabrique une prison qu’il croit adorer et dans laquelle il se déteste. Ainsi
l’amour de soi se change-t-il en haine de soi.
Shakespeare était-il précurseur ou
simplement génial en écrivant son sonnet 62 ?
Sin of self-love possesseth all mine eye,
And all my soul, and all my every
part ;
And for this sin there is no
remedy,
It is so grounded inward in my
heart.
L’amour de soi est un péché qui a ravi Mes yeux, mon âme et chaque partie de mon corps ; Et contre ce péché, il n’est point de remède, Il s’est ancré si profondément dans mon cœur.
Au moins Shakespeare savait-il de quoi il
était malade. Il avait compris qu’il voulait devenir son idole (W.H.) et
que cela ne se produirait jamais :
T’is thee
(my self) that for my self I praise,
Painting my age with beauty of thy days.
Car en te glorifiant, je me confonds à toi, Et j’embellis mon âge en peignant ta jeunesse.
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