État du monde
Que reste-t-il de la culture ?
Quand je suis allé à Dallas, Texas, en 2009,
la première démarche que j’ai entreprise fut d’aller au Syndicat d’initiative
pour me renseigner sur les sites à visiter sur place. L’employé qui m’a
aimablement reçu m’a aussitôt demandé : « Are
you on a shopping spree ? », c’est-à-dire « Aimez-vous faire les
magasins ? » Cela lui paraissait la première attraction de la ville.
Il y a évidemment de beaux centres commerciaux à Dallas, très spectaculaires
même. Mais en quoi diffèrent-ils de ceux de Dubaï ou d’Osaka ? En rien du
tout. Je ne serais quand même pas venu d’Europe, à 8 000 km de là, pour voir
des étalages de marchandises…
L’employé zélé ne m’a pas parlé du Musée d’Art (remarquable), ni de son
annexe consacrée à l’Art moderne. Il n’a pas évoqué le Centre culturel de la
ville avec son Opéra tout rouge, ni le Sixth Floor Museum dédié au souvenir de
Kennedy (particulièrement émouvant), ni la « vieille ville », peu
étendue mais avec encore une espèce de cachet Far West, ni non plus du jardin
botanique, exceptionnel.
Hannah Arendt, depuis son Amérique adoptive, écrivait en 1954, déjà,
dans La crise de la culture : « La société de masse ne veut pas la
culture, mais les loisirs (entertainment). »

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