La deuxième hominisation

 


Humanisation en cours


René Girard a très bien montré, avec La Violence et le Sacré, et surtout avec Des choses cachées depuis la fondation du monde, comment l’humanité s’est humanisée dès qu’elle a su expulser la violence de sa communauté à partir du mécanisme du bouc émissaire. Prise dans le tourbillon du désordre des désirs rivaux, aucune société ne serait jamais apparue sans la remise en ordre que permet l’expulsion du coupable supposé, ni aucune ne se serait maintenue sans la répétition rituelle de cette expulsion. Ainsi sont nées les religions, puis les systèmes politiques, la justice, le droit, etc. Ainsi se sont maintenues aussi, comme un rituel incontournable, les guerres perpétuelles entre nations, entre tribus, entre rivaux individuels.

   Nous sommes à l’aube d’une nouvelle hominisation. Le désordre s’étend à mesure que les égoïsmes, particuliers, communautaires, nationaux, s’exacerbent. Le chaos général guette et nous n’avons plus de bon bouc émissaire à expulser pour refaire notre unité. Il est loin le temps où Caïphe pouvait dire : « Il vaut mieux qu’un seul homme meure pour le peuple et que la nation ne périsse pas tout entière » (Jean, 10, 50). Déjà les homosexuels, les étrangers, surtout de couleur, les émigrés, ne font plus l’affaire.  

   Que reste-t-il donc à expulser ? La violence elle-même. Comment en convaincre les hommes ? Je ne sais pas. C’est pourtant la condition sine qua non de notre survie. Ou nous réussirons cette nouvelle hominisation (ce sera la bonne !), ou nous disparaîtrons comme espèce.

 

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