Shakespeare

 


David Tennant, RSC

Fier-à-bras en amour

(comme tous les hommes)


Biron. And I, forsooth, in love ! I, that have been love’s whip ;
A very beadle to a humorous sigh ;
A critic, nay, a night-watch constable,
A domineering pedant o’er the boy,
Than whom no mortal so magnificent !
This wimpled, whining, purblind, wayward boy ;
This senior-junior, giant dwarf, Dan Cupid,
Regent of love rhymes, lord of folded arms,
Th’ anointed sovereign of sighs and groans,
Liege of all loiterers and malcontents,
Dread prince of plackets, king of codpieces,
Sole imperator and great general
Of trotting paritors : (O my little heart !)
And I to be a corporal of his field,
And wear his colours like a tumbler’s hoop !
What ? I love ! I sue ! I seek a wife ?
A woman, that is like a German clock,
Still a repairing, ever out of frame,
And never going aright, being a watch,
But being watch’d that it may still go right !
Nay, to be perjur’d, which is worst of all.
And, among three, to love the worst of all ;
A whitely wanton with a velvet brow,
With two pitch-balls stuck in her face for eyes.
Ay, and, by heaven, one that will do the deed,
Though Argus were her eunuch and her guard ;
And I to sigh for her ! to watch for her !

To pray for her ! Go to : it is a plague  
That Cupid will impose for my neglect
Of his almighty dreadful little might.
Well, I will love, write, sigh, pray, sue, groan.
Some men must love my lady, and some Joan.

BIRON. – Moi, amoureux ? Vous croyez ça ? Moi qui ai                  toujours fustigé l’amour,

En véritable inquisiteur du moindre soupir fébrile ;

Moi, un critique, que dis-je, un veilleur de nuit,

Un maître intraitable qui surveille ce garçon

Avec plus de zèle qu’aucun mortel,

Ce gamin aux yeux bandés, geignard, presque aveugle,

        indocile !

Ce jeune vieillard, ce nain géant, Don Cupidon,

Régent des poèmes d’amour, seigneur des bras croisés,

Ce souverain adulé des soupirs et des gémissements,

Suzerain des traîne-savates et des grincheux,

Prince redouté des jupes fendues et roi des braguettes,

Empereur exclusif et général en chef

Des pères la pudeur empressés… Ah, mon pauvre cœur !

Et je devrais être son aide de camp,

Porter ses couleurs comme un acrobate agite son cerceau ?

Et quoi encore ? Que j’aime ? Que je courtise ? En quête d’une 

       épouse ?

Une femme : véritable horloge allemande,

Toujours en panne, constamment détraquée,

Jamais d’aplomb, toujours à vous surveiller,

Mais qu’il faut surveiller pour qu’elle file droit !

Et en me parjurant, par-dessus le marché ! ce qui est pire que 

       tout.

Et entre trois femmes, aimer la pire de toutes :

Une dévergondée au visage blanchi et aux sourcils de velours,

Avec des balles de jeu à la place des yeux.

Vrai !

Et par le ciel, une friponne prête à faire la chose,

Même avec Argus comme eunuque pour veiller sur elle.

Et c’est pour elle que je soupire ! que je perds le sommeil !

Que je prie pour la posséder ! Je vous la laisse. C’est une peste

Que Cupidon me fait subir pour avoir sous-estimé

Sa terrible toute-puissance et ma terrible faiblesse.

Mais soit ! Je vais donc aimer, écrire, soupirer, prier, supplier, 

       gémir…

Il y en a qui aiment une milady, et d’autres une Jeanneton.

 

Love’s Labours Lost, III, 1, 176-207.


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