I.A.

 


 

Une intelligence non humaine,

pour quoi faire ?


(réflexions en vrac d’un cerveau déboussolé)

 

Et tout le monde d’applaudir le Sommet pour l’action sur l’Intelligence Artificielle qui se tient à Paris. À Paris, rendez-vous compte ! On nous promet un véritable « saut dans le progrès ». Pourvu qu’il n’y ait pas du vide en dessous. Sont conviés Sam Altman, le patron d’OpenAI à l’origine de ChatGPT, mais aussi Sundar Pichai, pour Google, Demis Hassabis, directeur de Google Deepmind. Le tout couronné par la présence de J. D. Vance, le vice-président des États-Unis soi-même ! Nous allons assister à un grand moment d’autocongratulation entre spécialistes. Je ne suis pas invité.

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Le développement de l’Intelligence Artificielle (avec des majuscules, s’il vous plaît) est-il autre chose qu’une formidable opération commerciale ? Une bataille entre les géants de la Tech américains, chinois, européens ? Une nouvelle guerre mondiale économique ? Ne s’agit-il pas avant tout, pour les « génies » de l’informatique, de gagner beaucoup d’argent ? Quelle est l’utilité de cette nouvelle « intelligence » ? On verra plus tard. D’abord engrangeons les bénéfices.

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Quel sera le coût pour l’intelligence naturelle ? Allons-nous payer cette révolution copernicienne d’un abêtissement général de la population ? Certains le craignent, et j’en suis. D’autres le souhaitent, pour devenir plus riches que riches et « dominer le monde ». Cette monétarisation de l’intelligence a quelque chose de suspect, voire d’inquiétant. Le motif est assez bas, le but ne peut être que sinistre.

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Prédire l’avenir sans savoir lequel, voilà le nouveau jeu des geeks. À l’origine des réseaux sociaux, il y a vingt ans, tout ce nouvel attirail paraissait rigolo et Mark Zuckerberg semblait un doux poète. Nous n’en étions qu’aux balbutiements de la révolution numérique ! Mais l’amusement s’est transformé en ennui, le loisir récréatif en drogue universelle, le « système » en machine à manipuler les pauvres cerveaux humains, et Mark Zuckerberg s’est révélé être un requin de la finance sans scrupule. Lui et ses acolytes promettaient des régulations, ils sont maintenant à genoux devant celui qui se prend pour « le roi du monde » et veut les abolir toutes. Ce n’est pas que l’I.A. soit dangereuse, c’est qu’elle est entre les mains de gens dangereux. Des mafieux.

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Et puis, cette manie de vouloir à tout prix remplacer l’humain. Qu’est-ce que l’homme leur a fait ? Pourquoi vouloir programmer sa mort ? Pourquoi cet auto-sacrifice, comme si c’était un châtiment ? De quoi les humains cherchent-ils à se punir ? Et ceux qui nous punissent, de quel droit s’autorisent-ils à le faire ?

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Avant la disparition de l’humanité comme espèce, le coût humain est déjà énorme. Ce sont des « dizaines de milliers de ‘‘testeurs’’ africains et asiatiques [qui sont] payés 10 dollars par jour pour visionner des heures et des heures de vidéos atroces  ̶  enfants violés, femmes battues, meurtres et suicides…  ̶ , afin d’entraîner les algorithmes à repérer les images ou textes toxiques »*. Il y aurait ainsi, selon une étude de la Banque mondiale, entre 150 et 430 millions de « travailleurs de la donnée », des « annotateurs », des chatbots quasi clandestins, répartis tout autour de la planète. Parce que, évidemment, ces super intelligences ne » savent » pas faire la différence entre le bien et le mal, entre une fleur et une torture. Comme c’est intelligent !

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Que l’homme ait démissionné devant la machine n’est pas seulement une faute, c’est aussi une lâcheté. Quand ChatGPT ou DeepSeek se plantent (ce qui leur arrive souvent), qui est tenu pour responsable ? Évidemment personne. Avec l’homme, c’est le sens de la responsabilité qui a été éradiqué. Les humains ont déserté leur poste  ̶  et les plus malins ont emporté la caisse avant de partir.

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En étant réduites à des calculs, par force, les performances mathématiques sont étonnantes. Cela n’émerveille que les naïfs. Mis en réseaux, les ordinateurs réalisent le décodage d’une structure de protéine en un rien de temps. Que font-ils devant un enfant qui s’embrouille avec le participe passé ? Ou qui appelle sa mère qu’il a perdue ?

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Sans parler du coût énergétique de cette science. Née, il y a cinquante ans, au moment où le Club de Rome nous alertait, suffisamment tôt, sur le gâchis écologique qui se préparait (nous y sommes), cette révolution, pour être intelligente, aurait dû viser prioritairement les économies d’énergie, la production à moindre coût. Le numérique représente déjà 4% des émissions de gaz à effet de serre, plus que le transport aérien, et il est en pleine expansion. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’en matière d’intelligence, les princes de l’I.A. en manque incroyablement ! Et en fait de « nouvelle » révolution industrielle, la dernière a tous les défauts de celle du XIXe siècle. Cherchez l’erreur.

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Malgré sa vantardise, de quelle créativité l’I.A. est-elle capable ? Les avatars, les deepfakes, les contrefaçons virtuelles « plus vraies que vraies », sont les « produits » d’une intelligence à la traîne, seulement capable de se copier elle-même, ou de se recopier à l’infini, comme dans un labyrinthe de glaces. C’est de l’automimétisme. Le désir est piégé. L’intelligence se croit « autonome », elle est seulement radoteuse, elle tourne en rond. Signe de dégénérescence. Une intelligence sans transcendance. Quelque chose qui ressemble à la bêtise.

 

* Télérama, n° 3917 du 8 au 14/2/2025.




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