Éloge du mélange
Greffon, bourgeon,
scion
Daniel Lozakovich, qui s’est révélé à moi en jouant l’Aria de la
troisième suite de Jean-Sébastien Bach à Notre-Dame de Paris lors de la
cérémonie de réouverture en décembre dernier, est mieux qu’un virtuose et un jeune
prodige (il est né en 2001), il est, à mes yeux, le fruit d’une improbable
rencontre d’humains et de circonstances heureuses. Sa mère est kirghize. Son
père est biélorusse. Il a fait ses études entre l’Allemagne et la Suisse. Né à
Stockholm, il est de nationalité suédoise. Il n’y a pas de mélange plus
heureux, et plus inattendu. C’est comme une grâce. Il n’a pas été
« fabriqué » selon des règles d’eugénisme darwinien, il est venu au
monde par hasard et il est maintenant indispensable au monde.
Il est l’héritier
artistique d’Ivry Gitlis*. Il joue sur le même stradivarius que son maître, un
violon qui a été fabriqué en 1713 à Crémone, en Italie. Daniel Lozakovich est
non seulement universel, comme la musique qu’il joue, mais il est aussi
trans-temporel, si l’on peut dire. Quelle merveilleuse convergence d’événements
aléatoires !
Quant aux
nationalistes de tous bords, chauvins et cocardiers, qui ne supportent pas les
mélanges, il serait bon qu’ils méditent cette leçon de la création. Ils ne
rêvent que d’endogamie et de mariages entre membres de la même tribu ou du même
clan. Alors que l’on connaît les risques, voire les ravages, de la consanguinité.
Arlequin aux
couleurs chamarrées est plus joyeux que Pierrot tout blanc et triste.
* Voir en replay sur France 3 le documentaire Cordes
sensibles jusqu’au 13/03/2025.

Commentaires
Enregistrer un commentaire