État du monde
Le devoir d’intelligence
Devant l’imprévisibilité du monde,
imprévisibilité entretenue sciemment par des « hommes » politiques
tels que Trump ou Poutine, que faire ? D’abord, comprendre.
Chacun,
je crois, est conscient que tout s’est à peu près détraqué depuis
une cinquantaine d’années, en gros après les Trente Glorieuses. L’euphorie de
l’après-guerre a fait long feu. Dans les années 1970, nous vivions encore sous
l’effet narcotique de mai 68, et puis la dérégulation systématique est venue
dans les années 1980, elle était balbutiante au début et l’on pouvait se moquer
de Margaret Thatcher et de son ‘I want my money back’. Aujourd’hui, c’est Trump
qui réclame 500 milliards de dollars à l’Ukraine pour « l’avance »
faite sur les frais de guerre. S’il y a une chose qui a connu un énorme progrès
depuis 50 ans, c’est le cynisme !
Tout a explosé à la fin des années 1980, avec ce « couronnement »
de la chute du communisme qui a été remplacé par la frénésie mafieuse des
oligarques (autre dérégulation). La Chine a échappé à ce tumulte en renforçant
sa répression. Avait-elle une longueur d’avance sur les tyrannies à
venir ? De fait, elle « tient le coup ».
Déjà,
à partir des années 80, en remplaçant la croissance économique réelle
par la croissance financière, la tricherie aurait dû nous
alerter. L’économie fake a enrichi un tout petit peu les pauvres
et transformer les très riches en potentats insupportables. On a continué de
parler de « croissance », tout en désindustrialisant, en délocalisant
la production, en prolétarisant le monde du travail et en polluant à qui mieux
mieux notre environnement — on pensait : la planète paiera ! Comme si
nous avions une planète de rechange. Les « vainqueurs » de cette
véritable troisième Guerre mondiale — comme l’appelait Michel Serres — se
croient autoriser aujourd’hui à diriger le monde, c’est-à-dire à le diriger à
notre place.
Paniqué
par tant d’incertitudes et d’injustices, savamment mises en scène par les
médias aux mains des mêmes potentats, le « petit peuple » se jette
dans les bras de ses bourreaux. Ils ont l’air puissants. Ils rassurent. Il n’y
a pas pire reniement.
Devant ces catastrophes économique et politique, associées à la
catastrophe écologique inévitable (on le sait désormais), un devoir
d’intelligence s’impose à nous. Comment allons-nous sortir de la
situation absurde où nous nous sommes fourrés ? Les intellectuels sont
inaudibles (pas assez « médiatiques »), les think tanks
radotent, les « commissions internationales » sont à court
d’arguments, et les Institutions mondiales, héritées de la deuxième Guerre
mondiale justement, sont impuissantes. Mieux encore, les potentats de 2025 leur
coupent les subventions. Il y a une certaine logique.
Alors, notre devoir d’intelligence ? Il est urgent mais il est à
bout de souffle. Ceux qui émettent encore une opinion ne nous ressortent que
les vieilles recettes d’avant-hier. À « gauche »,
quelques archi-minoritaires nous parlent de la révolution, camarades !
Impuissants, comme les autres, ils s’agitent beaucoup, et ce faisant, ajoutent
à la confusion générale… À « droite », on récupère les thèmes
moyenâgeux de « l’Europe chrétienne », et le milliardaire Pierre-Édouard Stérin
propose un vaste plan de restauration des calvaires qui bordent nos routes.
Nous allons aller loin avec ça !
J’ai longtemps cru, moi aussi, que nous pourrions peut-être nous en
sortir avec notre intelligence. C’est ce que j’ai exprimé dans mon essai Crise
du désir, L’Harmattan, 2021. Après tout, de quoi d’autre
disposons-nous ? Je me suis persuadé que notre conscience, cet outil
exceptionnel qui nous rend « supérieurs » aux autres animaux
supérieurs, était précisément l’outil de notre délivrance. J’ai rêvé de convertir
notre obsession du « tous contre tous » en un « tous avec
tous ». J’en rêve encore. Mais peut-être ai-je, moi aussi, joué les
fanfarons, et héritier des Lumières, j’ai cru qu’on pourrait toujours s’en
sortir tout seuls. Par nos seules forces, mentales, spirituelles. Orgueil et
vanité. « Car celui qui voudra sauver sa vie la perdra… » (Marc 8, 35).
Je me répète cette phrase de Jésus et elle m’affole.

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