La cupidité
Le philistin
Le mot « philistin »
signifie : « Personne de goût vulgaire, fermée aux arts et aux lettres, aux
nouveautés ». Pour Hannah Arendt, « le
philistin juge de tout en termes d’utilité immédiate et de ‘‘valeurs matérielles’’. »
(La crise de la culture)
Où l’on découvre que ce mot désuet décrit
parfaitement bien des comportements contemporains. Pourquoi est-il
désuet ? Cette forme de bassesse humaine aurait-elle disparu, ou seulement
reculé avec les « progrès de la civilisation » ? J’ai
l’impression que c’est le contraire qui est vrai. Les philistins n’ont jamais
été aussi nombreux, et voyants, et fiers d’eux-mêmes ! Le mot ne paraît
obsolète que par une forme de « méconnaissance active », une volonté
de cacher quelque chose dont foncièrement on n’ose pas se vanter. L’appétit du
gain, dans sa forme la plus vulgaire, la basse cupidité se répandent comme une
« marée du siècle ». Les riches d’aujourd’hui ne collectionnent pas
les œuvres d’art comme les princes et les papes italiens de la Renaissance. Ils
préfèrent spéculer en cryptomonnaie. M. Bernard Arnault joue encore les
mécènes, mais Donald Trump ne donnerait pas un cent pour la culture. En son
temps, Nicolas Sarkozy se demandait s’il était bien utile d’enseigner La
Princesse de Clèves. Tous philistins.

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