C’était pour de rire

 


Spoof News 

Parmi les exercices réjouissants que j’ai pu réaliser en classe, dans ma joyeuse carrière d’enseigneur, j’ai toujours prisé les jeux de réécriture, les détournements de textes ou d’images (hijacking), qui consistent à conserver une partie du contenu en en changeant la forme pour leur donner un sens complètement différent. On peut partir, par exemple, d’un texte littéraire réinterprété (sous forme de fiction, toujours), très facile à réaliser avec les contes et légendes (comme le faisait l’humoriste James Thurber). Ainsi Blanche Neige devient Noire Charbon, et les nains sont des géants…

   Le choix est immense entre la parodie de pubs, le pastiche de Procès d’Assise, la caricature pure et simple, voire la biographie fictive : dans ce cas, je m’inspirais directement de Jorge Luis Borges. J’ai même demandé à mes élèves de faire des autoportraits fictifs (variante du « portrait chinois »).

   Pour les images, toutes les formes de collage étaient les bienvenus.

   L’exercice des spoof news consiste à inventer une information et à la présenter le plus sérieusement du monde (à la manière de Pierre Dac et de son Os à moelle). La production pouvait être écrite, comme un journal, ou oral, comme à la radio, ou en vidéo, pour ressembler au JT. Je me souviens d’avoir eu, de la part de mes élèves, de mémorables productions. Et autant de fous rires.

   Je vous parle d’un temps que les moins de vingt-cinq ans ignorent : ils sont nés avec les tablettes, les réseaux sociaux, où tout est au premier degré, surtout ce qui est faux. Nous vivons dans un monde qui se caricature lui-même à chaque seconde.

   Je me demande aujourd’hui si je n’ai pas entraîné mes élèves à la production de fake news on n’en parlait pas encore à la belle époque de ma carrière. Ou alors, pour me rassurer, je me dis que je les ai, au contraire, prévenus contre ces dérives mensongères.

   La grande différence entre les spoof news et les fake news, c’est que les nôtres, en classe, étaient très drôles, tandis que celles des « réso-socio » sont sinistres, méchantes, à pleurer. Et si au lieu de nous en alarmer, nous éclations de rire devant tant de bêtise ?

 

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