Crise du désir

 

 

La violence des jeunes 

Plusieurs faits divers récents, et qui deviennent de plus en plus banals, mettent sous les projecteurs la violence aveugle dans laquelle certains ados s’aventurent. Les agressions meurtrières se multiplient dans les lycées. On croyait naïvement que le phénomène était réservé aux États-Unis. La déliquescence morale d’une partie de la jeunesse est alarmante. Les analyses qui en sont faites sont tout aussi alarmantes. Au lieu de parler de la responsabilité des éducateurs (qui ont déserté), les parents d’abord, puis les éducateurs institutionnels, au lieu de blâmer les médias dans leur ensemble (des gros réseaux médiatiques aux petits influenceurs insidieux que les petites poucettes et petits poucets tiennent dans leur main toute la journée), « on » embrouille le discours sous des oripeaux psychologico-sociologiques et « on » parle de la « détresse psychologique » des jeunes. Ce qui les conduit directement en hôpital psychiatrique. Cela revient à se débarrasser du problème en se débarrassant des délinquants.

   Ceci me rappelle, hélas, le bon vieux temps de l’Union soviétique où les dissidents n’étaient pas considérés comme des malheureux que le régime féroce du Politburo anéantissait, mais comme des déviants qu’un hôpital-prison pouvait « soigner ». Les traitements y étaient particulièrement inhumains. La Chine d’aujourd’hui poursuit cette aimable tradition communiste, et à grande échelle.

   Non, ce ne sont pas les enfants qui sont malades, c’est nous qui avons fait de notre civilisation un théâtre de déments. « Ce sont des gamins. Quelle souffrance éprouvent-ils donc, qu’ils aient besoin de prendre des médicaments ? »  demandait Don DeLillo dans Cosmopolis (2003). Les « médicaments », quand ce ne sont pas des drogues, sont tous les stupéfiants à la disposition des plus faibles, la première étant la violence primitive et furieuse exhibée jusqu’à la nausée.

   Nous en sommes là. Où allons-nous ?

 

Commentaires

  1. Où allons-nous ? Dans le mur, et à (très) grande vitesse.

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  2. "Crise du désir" ? Justement, que leur reste-t-il à désirer dans notre monde actuel ? Ont-ils seulement l'envie d'avoir envie ? Le monde leur donne-t-il encore la possibilité de désirer ? J'ai ma réponse...

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