État de la conscience
Sans tabou
L’expression est devenue synonyme de
« j’en ai rien à foutre », ‘I couldn’t care less’ (expression
favorite du président d’un grand état), je me moque de ton jugement, je ne
m’embarrasse pas de la morale, au besoin, je piétine ce qui a peut-être de la
valeur pour toi. Des états totalitaires (incluant les États-Unis) aux partis
extrémistes dans nos démocraties, le comportement se ressemble : se
persuader qu’on est « sans tabou » vous procure une petite sensation
de blasphème iconoclaste, et la satisfaction d’avoir vaincu un interdit sans
risquer d’être puni ! L’attitude n’est pas courageuse, elle est même
plutôt lâche puisqu’elle consiste à s’exposer à une riposte (violente) que l’on
sait ne jamais devoir subir.
Et l’exemple vient d’en-haut. America first.
Poutine, de même, gère sa petite boutique mafieuse en faisant croire à ses
sujets soumis qu’il travaille pour la grandeur de la Grande Russie. Les
dirigeants chinois ne savent même pas ce que sont les droits de l’homme
universels. Touche pas à mon territoire. En attendant, je vais m’installer chez
toi… en Palestine, au Tibet, en Crimée, à Taïwan, pourquoi pas au
Groenland ?
Et qu’en est-il en bas ? Mes droits, mes droits, mes
droits, mon identité, mon image, partout mon territoire !
Qui oserait annoncer aujourd’hui qu’il agit « dans les limites
de… » ? Par exemple : dans les limites de sa conscience… L’abolition
des tabous revient à se libérer, unilatéralement, de toute contrainte, c’est
lâcher la bride à tout et au n’importe quoi. Comme le rappelle la philosophe Marina Scriabine : « Le contraire de
la liberté, ce n’est pas la contrainte mais l’arbitraire ». Notre
civilisation « sans tabou » est de plus en plus soumise à
l’arbitraire, c’est-à-dire au caprice, au désordre, à l’injustice, au
« chacun pour soi ».
Encore un effort, camarades : le chaos vous rendra libre !


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