Petite leçon de non-violence

 

Le victimisme revisité 

Face aux conflits mimétiques insolubles qui se multiplient sur la planète, j’ai écrit récemment*, dans un article intitulé Pauvre I.A., « qu’il ne nous reste plus qu’à porter témoignage, c’est-à-dire précisément à être victimes, à être du côté des victimes, ou à côté des victimes. » Plus clairement exprimé, cela signifie que si nous ne voulons pas être complices des persécuteurs – agresseurs militaires, économiques ou médiatiques –, il nous faut être résolument du parti des victimes. Sans doute victimes nous-mêmes – comme nous le sommes du monde numérique qui nous assaille–, ou simplement du côté des victimes, c’est-à-dire en nommant toujours clairement les bourreaux.

   Ici, les choses se compliquent. En Ukraine, on connaît l’agresseur et on connaît l’agressé.  À Gaza, les victimes sont incontestables, ce sont les Palestiniens, mais les agresseurs sont aussi bien les Israéliens que le Hamas, les deux belligérants faisant exprès de se confondre. Que faire ? Ne pas se décourager, et inlassablement désigner « les méchants ». Mais bien sûr, on nous demande de prendre parti. Êtes-vous pro-ci ou pro-ça ? C’est le piège dans lequel les mimétiques violents veulent nous enfermer. Il ne faut donc jamais entrer dans ce cercle vicieux** !

   L’autre piège – que souvent nous nous tendons à nous-mêmes – consiste à croire que pour défendre le faible, il faut attaquer le fort. Ainsi, la victime, aussi bien que son avocat, deviennent accusateurs à leur tour, et ils se retrouvent du côté des violents. Toute prise de position violente est une forme de violence qui nous jette dans les bras des violents. Ils n’attendent que ça ! Comment, dès lors, être un soutien des victimes sans être récupérés par « les camps d’en face » – il y en a toujours deux. La non-violence est une discipline vertueuse et elle demande une totale maîtrise de soi. La ligne de crête est étroite et les abysses qui l’entourent vertigineux.

   Petite morale provisoire. Déjà ne jamais justifier l’agresseur. Ne pas même l’expliquer, comme on voit faire les commentateurs officiels qui « décryptent » les « coups » de Trump et les « stratégies » de Poutine.  Ces créatures mauvaises n’ont aucune justification pour mettre le monde sens dessus dessous comme ils le font. Aucune ! Leur donner des raisons, c’est comme leur donner raison.

   La violence est une hydre aux multiples bras. Et elle est gourmande. Ne pas s’en approcher. La non-violence bien comprise est une sagesse épurée, élégante et transparente. 

 

* Voir mon blog du 18 avril dernier.

** Le Pape François s’est vu vertement reprocher d’avoir proposé de « hisser le drapeau blanc » en Ukraine. De la part des belligérants, la réaction paraît naturelle. Venant d’un chrétien authentique, c’est un acte de courage. Le sentiment est même dans la logique absolue du message de Jésus, et elle est nécessairement à côté de l’opinion commune. Qu’elle fasse scandale est parfaitement prévisible. Le message de Jésus n’est pas fait pour justifier toutes nos aversions…

 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

La violence instituée

Éducation

La violence et le sacré