Boucs émissaires

 

 


Monument de l’artiste-sculpteur canadien

Timothy Schmalz, place Saint Pierre, au Vatican.

 

La folie anti-migrants 

Il y a plus de 300 millions de personnes déplacées dans le monde. Cela représente près de 2,5% de la population mondiale. C’est ce que révèlent les statistiques en matière de « mobilité humaine », comme le disent pudiquement les « experts ». La guerre, prioritairement, les catastrophes climatiques, la famine endémique sont les « causes » principales de ce déplacement de la misère. On peut ajouter l’injustice et la répartition très inégale des richesses – là aussi, c’est un euphémisme.

   On comprend que les nantis, les un-peu-moins-mal-lotis, les privilégiés s’en inquiètent. Parmi ceux-là, ce sont les plus conservateurs, les plus attachés à leurs racines, à leur terre, à leur glaise, qui font un dogme de rejeter les exilés, ces pauvres vagabonds qui ont quitté, eux, leur terre et leur glaise, dévorés par le désespoir de ne jamais rien y trouver pour renaître. Il faut manquer complètement d’empathie, voire d’humanité tout simplement, pour ne pas voir dans les migrants les mêmes que nous avec un peu moins de chance. Et la chance qu’ils n’ont pas eue, les méchants la leur reprochent. Double peine. Ceux qui gémissent dès qu’ils ne voient plus leur clocher, que comprennent-ils à la souffrance des déracinés, arrachés de leur sol comme un légume ? Rien. Et surtout, ils ne veulent rien comprendre.

   L’exilé est toujours un malheureux. Et son malheur est souvent tenace. Les migrants qui ont construit l’Amérique aux XVIIIe et XIXe siècles étaient de pauvres bougres. Tous n’ont pas fini Rockefeller. Et « en chemin », ils ont fait migrer (ou ils ont éliminé) des millions d’Indiens, et ils ont importé, contre leur volonté, des millions d’Africains. S’ils ont oublié ce passé commun, ce n’est pas un défaut de mémoire, il s’agit d’un crime mémoriel.

 

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