Miserere
Devoir de mémoire, disent-ils.
En
ont-ils bien mesuré les feintes ?
« Souviens-toi
de ton futur. »
Le
Talmud
Le devoir de mémoire n’est pas un
ressassement pour gâteux nostalgiques. Si nous sommes incapables de nous
souvenir de l’Histoire du monde, quelle responsabilité avons-nous dans la Création
du monde ?
La
responsabilité va avec une forme assumée de culpabilité. Ce dont nous avons à
nous souvenir est précisément ce que nous souhaitons expulser dans les
poubelles de l’Histoire. Ainsi doit-on accepter d’être « français »
en sachant que ce sont nos ancêtres qui ont aidé les nazis à exterminer les
Juifs ; et les mêmes qui célébraient la victoire sur le nazisme le 8 mai
1945 en massacrant des Algériens à Sétif. Et ce sont nos ancêtres encore plus
lointains qui ont esclavagisé l’Afrique pour s’enrichir et construire la belle
Europe prospère dont nous sommes si fiers.
Plus vous
êtes « nationaliste », plus cela vous insupporte. Le négationnisme
est une perversion cocardière qui consiste à rejeter la faute sur ceux qui
l’ont subie. Comme une lâcheté après un viol.
La
responsabilité des victimes est paradoxale.
Ils « portent » la mémoire en tant que victime ─ ou
descendants des victimes ─ et ils n’ont pas le choix d’échapper à leur
responsabilité. Qu’advient-il dès lors que le futur leur échappe ? Quand
les descendants de la Shoah opèrent un véritable génocide sur les Palestiniens,
que peuvent-ils faire sans renier leur appartenance au « peuple
élu » ? Le problème est tellement aigu que beaucoup (presque tous) se
taisent. Mais se taire est encore une forme de responsabilité (de
complicité). Ou alors, ils nient les faits contemporains, ce qui rapproche leur
comportement de celui des persécuteurs. La contradiction est affolante.
Il n’est
évidemment pas question de « réparation ». Le mal, le plus souvent,
est irréparable. Qui rachètera le prix des millions d’Africains faits esclaves
du XVIe au XIXe siècle ? Les « racheter » signifierait qu’ils
avaient bien un prix ! Nous sommes au bord de l’horreur. Comment
assumer sa culpabilité, même diluée par le temps ? D’abord, en la
reconnaissant. Le Confiteor n’est pas un aveu, c’est une supplication
pour être pardonné. Mais qui veut être pardonné ? Beaucoup
choisissent de vivre avec leur mauvaise conscience ─ tant que l’on peut la
faire taire. Et surtout, comment rencontrer ceux qui pourraient vous
pardonner ? En face, « ils » n’attendent que de se venger.
Miserere.

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