René Girard

 

 

Échapper au sacrifice 

René Girard a étudié toutes les formes de mécanismes mimétiques qui conduisent au sacrifice, depuis la réaction brutale de l’individu qui se vexe (et se venge) pour une remarque qu’il croit déplacée, jusqu’à la fin apocalyptique du monde, quand l’humanité — ce n’est pas exclu — se retournera contre elle-même et s’autodétruira. Il n’y a pas moyen, il n’y a à proprement parler pas de moyens humains, d’échapper à la rivalité violente. Depuis les premiers humains rassemblés, hors d’haleine, autour des premiers cadavres glorifiés par leurs meurtriers, jusqu’à l’extase froide qu’éprouve un Poutine à exterminer ses congénères, rien n’a jamais empêché les bourreaux que nous sommes unanimement de nous comporter comme des tueurs ! Cette unanimité même nous protège de la conscience de la vérité. Quand tous poussent Jésus à la crucifixion, comment Pierre pourrait-il, tout seul, s’y opposer ? Au moins Pierre a-t-il eu assez de conscience pour pleurer sur sa lâcheté ! Qui est capable de pleurer sur sa propre lâcheté ?

   Le mécanisme victimaire étant une machine infernale, rien ne semble pouvoir l’arrêter. Dans ses moments de pessimisme, René Girard reconnaissait qu’on n’échappe au sacrifice qu’en acceptant de mourir. À qui l’interrogeait sur le moyen de sortir de cette fatalité, il répondait : soyez chrétien. C’est-à-dire : n’entrez pas dans le cercle vicieux des représailles, ne défendez pas votre « honneur » au prix du sang (des autres), mieux vaut s’offrir comme victime que d’en provoquer une autre, en espérant qu’avec votre mort disparaîtra le conflit mimétique qui déchire les humains dès qu’ils sont face à face.  

   Mais avant le sacrifice, il y a le pardon. Comment ? « Va d’abord te réconcilier avec ton frère » (Matthieu 5, 20-26). Tu devras mettre en sourdine ton orgueil, ta souveraine souveraineté, ton Moi-Je hypertrophié, bref tout ce qui n’a aucune importance… Il n’y a rien de plus simple, au fond, ni rien de plus simpliste que le « message chrétien ».

 

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