La grâce

 

 

La nature est imprévisible 

Imaginons une famille où le père est alcoolique et brutal, la mère est dépressive et tuberculeuse. Ils ont eu six enfants, dont quatre sont morts en bas âge. La mère est à nouveau enceinte, pour la septième fois. Que va lui proposer son médecin ? Un avortement ? Après concertation très réfléchie avec un collègue, cette « solution » est adoptée. Et Ludwig van Beethoven ne verra jamais le jour. Ni l’Appassionata, ni la sonate n° 17, ni « la Cinquième », ni l’Hymne à la Joie.

   Je ne nie pas que l’avortement peut apporter un soulagement à un certain nombre de détresses, celles de femmes en particulier. Mais jouer avec la nature est complètement aléatoire. Comment prend-on une décision quand la nature elle-même est si hasardeuse ? Que dire des algorithmes qui ne « réfléchissent » que d’après statistiques ?

   Rectificatif. Ludwig n’était pas le septième enfant de la famille Beethoven, mais le troisième. Cela ne change pas grand-chose à l’état de la famille dans laquelle il est né. La détermination sociale a-t-elle mal joué ? L’habitus de Bourdieu subit un démenti flagrant. Comment les déficiences familiales ont-elles été compensées ? Évidemment, sur sa route, le petit génie précoce a rencontré quelques personnes qui l’ont guidé, soutenu, révélé. Le comte Ferdinand von Waldstein et Joseph Haydn, en particulier. Non, Ludwig ne s’est pas « fait tout seul », et il avait assez de résilience pour devenir l’immense musicien qu’il s’est avéré être.

   Le « fait social » n’explique pas tout. Dieu joue-t-il aux dés ?

 

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