La route de l’universel

 

 

Assimiler 

Convaincu d’avancer vers « la civilisation de l’universel », Léopold Cedar Senghor aimait répéter ce précepte, comme un slogan : il faut « assimiler pour ne pas être assimilé. » L’universel ne naîtra pas de la négation de toutes les identités, mais de leur association, comme le manteau d’Arlequin. L’écrasement des identités, c’est la méthode chinoise : faire des Chinois (sur le modèle des Hans) avec des Tibétains, avec des Ouighours… La sinisation du Tibet, par exemple, consiste à déculturer la jeunesse tibétaine, et patients comme ils sont, les Chinois finiront par faire disparaître toute distinction tibétaine. C’est la méthode totalitaire, ethnocidaire. Autrement dit, c’est l’horreur.

   La « méthode douce » revient à prendre chez les autres ce qu’on trouve bon, à se l’approprier et l’« objet universel » ainsi conçu prend toutes les teintes que l’on veut, sans perdre sa nature. « Prendre » n’est peut-être pas le bon mot ; il vaudrait mieux dire « recevoir ». Assimiler, c’est accueillir.

   Les Québécois sont les champions de cette pratique. Tout ce qui vient de l’extérieur est francisé et « devient québécois ». Ainsi la chaîne de fast food (pardonnez-moi : restauration rapide) KFC (Kentucky Fried Chicken) exerce au Québec sous le nom de PFK : Poulet Frit Kentucky. C’est la même chose autrement. Quelle imagination, et quelle simplicité ! C’est par ce génie spécifique que les Québécois (10 000 000 de francophones dans un continent de 622 000 000 d’habitants essentiellement anglophones et hispanophones) ont réussi à survivre, et à sauver, pour une bonne part, la langue française du naufrage annoncé depuis les années 1960. Parlez-vous franglais ?, le célèbre essai d’Étiemble, date de 1964. La vitalité linguistique des Québécois n’est pas conservatrice, mais au contraire ouverte, évolutive, vigoureuse.

 

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