Qui était Shakespeare ? 3/4

 

 

Un homme de son temps ?

Faute de renseignements supplémentaires, les exégètes essaient de retrouver Shakespeare dans son époque. Mais on ignore presque tout de son enfance, de sa famille, de sa formation réelle, de ses fréquentations, de ses lectures, de ses voyages, de ses rencontres, de ses loisirs préférés, des influences multiples qu’il a dû subir...

   Comparé à ses contemporains, il se distingue certes par le style, la profusion créatrice, etc., mais il est insaisissable. C’était « un homme sans visage », d’après Jorge Luis Borges. Ne le trouvant nulle part, mais persuadé qu’il a quand même écrit des chefs-d’œuvre, les exégètes, découragés, prétendent qu’il n’a rien voulu dire. Yves Bonnefoy parle de « virtuosité sans substance ». Emma Smith (dans ‘This is Shakespeare’), représentative de « l’école anglaise », parle de ‘radical uncertainties’, de « doutes radicaux ». Pour nos contemporains, Shakespeare serait le champion de l’absurde. Mais quand Shakespeare parle d’un monde absurde, « plein de bruit et de fureur », comme Macbeth, c’est Macbeth qui parle, pas son auteur !

   Il faut plutôt aller chercher Shakespeare dans ses textes, parmi ses personnages. Où se cache-t-il ?  Les Sonnets sont très personnels : on y trouve 786 expressions à la première personne (‘I’, ‘me’, ‘my’, ‘mine’, ‘myself’) pour 154 sonnets. Parfois, il se cache mal. Il faut dire que les Sonnets n’étaient pas destinés à être publiés.

   Où est-il dans ses pièces ? Il a inventé 1 223 personnages ! Y en a-t-il un, ou plusieurs, qui parlent pour lui ? Lesquels ? Ses personnages ont ceci de fascinant qu’ils sont « autonomes ». Chacun suit sa logique, ses désirs, ses intérêts... Il fait parler des fous, des bâtards, des êtres marginaux, des femmes, à qui il « confie » une partie de « sa » vérité.

(à suivre)

 

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