Actualité de La Boétie
Parmi
mes lectures de l’été, je redécouvre le Discours de la servitude
volontaire d’Étienne de La Boétie (1577) et je suis stupéfait par la
modernité du propos.
Cette servitude volontaire est très
moutonnière, elle ressemble à s’y méprendre à la façon dont un groupe, sous
l’effet du mécanisme mimétique, coagule, et devient « contrôlable ».
Soit pour se jeter sur le premier bouc émissaire venu, soit pour élever le
premier criard à la position de tyran ─ les deux comportements allant de pair.
Jean-Pierre Dupuy parlerait d’un effet similaire à la panique.
Extraits (texte adapté en français moderne
par Myriam Marrache-Gouraud, édition folio lycée) :
« Les
théâtres, les jeux, les farces, les spectacles, les gladiateurs, les bêtes
étranges, les médailles, les tableaux et autres drogues du même acabit étaient
pour les peuples anciens les appâts de la servitude, le prix de leur liberté,
les outils de la tyrannie : ce moyen, cette pratique, ces allèchements
étaient ce dont disposaient les anciens tyrans pour endormir leurs sujets sous
le joug. »
« Je
ne vois aujourd’hui personne qui, entendant parler de Néron, ne tremble ne
serait-ce qu’au surnom de ce vilain monstre, de cette répugnante et sale peste
du monde ; et toutefois, de celui-là, ce boutefeu, ce bourreau, cette bête
sauvage, on peut rappeler qu’après sa mort, qui fut aussi vilaine que sa vie,
le noble peuple romain conçut un tel déplaisir en se souvenant de ses jeux et
de ses festins, qu’il en fut presque à porter le deuil. […] Après sa mort, ce
peuple-là, qui avait encore en bouche ses banquets et en l’esprit le souvenir
de ses prodigalités, pour lui rendre les honneurs funéraires par crémation,
amoncela tout le bois disponible pour un immense bûcher, et puis lui éleva une
colonne comme ‘‘au père du peuple’’ (ainsi le disait l’inscription au sommet de
la colonne). »
« Ce
ne sont pas les bandes de cavaliers, ce ne sont pas les compagnies de
fantassins, ce ne sont pas les armes qui défendent le tyran. Ce sont toujours
quatre ou cinq individus qui maintiennent le tyran en place, quatre ou cinq qui
tiennent pour lui tout le pays en esclavage. […] Ces six-là en ont six cents
qui profitent sous eux, et font de leurs six cents ce que les six font au
tyran. Ces six cents en tiennent sous eux six mille qu’ils ont promus en leur
donnant une situation, auxquels ils confient ou le gouvernement des provinces
ou la gestion des deniers publics. »
« En
voyant ces gens-là qui courtisent le tyran pour faire leur profit de la
tyrannie et de la servitude du peuple, je suis souvent saisi d’ébahissement
devant leur méchanceté, et quelquefois de pitié devant leur sottise. »

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