Éducation
L’hominisation par les machines
Le nouveau-né imite exclusivement les
humains, leurs mimiques (mot révélateur), mais aussi leurs émotions : un
adulte peureux fait peur, un adulte heureux
rassure. D’où l’importance de la « figure d’attachement », chère
à Boris Cyrulnik. Placés devant une machine, les bébés (testés par les
scientifiques) n’imitent rien, comme si leurs dispositions naturelles les
amenaient à recopier l’humain
exclusivement. Ils commencent ainsi leur hominisation, qui sera suivie
de leur humanisation… Pour parvenir à son humanité, le petit homme a besoin
d’un environnement humain.
Cela paraît une évidence. Or, nous découvrons de plus en plus de bonnes
mères et de bons pères qui laissent leurs bébés s’amuser avec des téléphones,
des écrans, des mini-tablettes. Et ils s’enthousiasment en constatant avec
quelle déroutante facilité leurs petits génies manipulent le miroir magique.
Or, en tapotant la vitre aux lumières vives, l’enfant est amené à modéliser,
non pas sur un humain, mais sur un artefact, une copie d’humain ─ avec
toutes les insuffisances que celle-ci comporte.
Les psychologues bien en cour assurent que l’intelligence des petits
peut se trouver « augmentée » par le processus. Le mot est
lâché ! Dans une civilisation de la performance, l’argument est définitif :
les voilà nos futurs surhommes ! Mais quelle intelligence
« augmentée » les petits geeks vont-ils
développer ? Livré seul à la
machine savante, il n’imite qu’un robot.
Comme nous ne nous « construisons » que par imitation, je reste
perplexe, vaguement inquiet quant au résultat. « Pas d’écran avant trois
ans », avait prévenu Serge Tisseron dès le début des années 2000. Depuis,
les écrans se sont multipliés de façon incontrôlée.
Puisqu’il est tellement question aujourd’hui d’homme augmenté, il serait plus urgent d’augmenter l’environnement humain des petits humains :
donnons-leur plus d’éducateurs,
offrons-leur plus d’amis authentiques
plutôt que virtuels, accordons aux parents plus
de temps à consacrer à leur descendance. Un câlin est sans doute davantage bénéfique
qu’une séance de jeu de pouces sur une glace froide.

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