Sacrificiel
Vivre et mourir
« Rappelle-toi que tu es
mortel », « Memento mori », était la devise des
« sages » de la Rome antique. La maxime a fait florès. Mais ramener
la condition de l’homme à sa mortalité, c’est d’abord une vision sacrificielle
de l’homme ─ comme si la mort « justifiait » quelque chose ─, c’est
ensuite circonscrire la vie à ses limites, en gros c’est nier la vie éternelle,
ne serait-ce que la possibilité d’une vie éternelle. « Le point chaud d’un
maintenant fugitif et fragile brille et brûle d’éternité », osait dire
Michel Serres (Relire le relié) Nous devrions plutôt dire : « Rappelle-toi
que tu es éternel. »
« Puisque la mort est inévitable, oublions-la... », proposait Stendhal. On ne peut pas parier sur l’inconnu. Mais avant cela : « Rappelle-toi que tu es vivant. » Et là, quelles responsabilités nous incombent, en masse ! En attendant l’inéluctable, le travail ne manque pas.
Ce
n’est pas la mort qui donne un sens à la vie, c’est la vie qui donne un sens à
la mort. Les kamikazes, les martyrs de Dieu, font le mauvais choix. Souvent,
ils ne savent pas ce qu’ils font, mais ils sont persuadés que le sens va de
soi. Leur mort violente est censée donner du sens. En l’occurrence, c’est plus
la violence que la mort qui est spectaculaire.
Même la mort de Jésus ne signifie rien. Simon Weil soupirait : « Le
Christ était un malheureux, il est mort comme un criminel de droit commun,
mélangé aux larrons, seulement un peu plus ridicule. » En l’occurrence,
les aveugles et les méconnaissants ont plus retenu la violence de la croix que
le sacrifice véritable, le don, l’abandon amoureux qu’elle représente.
La
mort n’est « belle » que pour ce que l’on a fait avant. Élément de réponse
(anticipée) par Martin Luther King : « Vous ne pouvez rien contre la
mort. Vous pouvez seulement choisir ce pour quoi vous allez mourir. »

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