L’intelligence dévoyée
L’industrie du
mensonge
L’I.A.
fait merveille quand il s’agit d’améliorer les services hospitaliers ou de
surveiller les risques (accidents, incendies, etc.). Les médecins et les
pompiers ont de quoi se réjouir. Mais hélas, la médecine et les services de
sécurité de l’État ont peu de moyens et le retour sur investissement que les
gros goulus de la Tech peuvent attendre de ces bonnes actions est ridicule par
rapport aux hyperprofits qu’ils peuvent réaliser dans la fake tech. L’I.A.
« au service de la science » est le cache-misère de la réalité
mercantile du système. L’hôpital ou l’école : Oh, le beau
prétexte ! Tricher sur les images, sur les voix, sur les
identités, sur les contenus est bien plus lucratif que de donner des vrais
moyens à ceux qui en ont vraiment besoin. Les milliards de retombées espérés proviennent
donc de l’industrie de l’inutile.
Pour les petits malins de la Tech, le champ d’exploration est immense. La désinformation, la mystification, la duperie, la falsification des faits, la fraude proprement dite… tout est bon. Les logiciels* existent déjà en grand nombre et les adeptes se comptent par millions. Les « agents conversationnels » peuvent servir de compagnon virtuel, de confident, de thérapeute, de coach, de camarade de jeu, d’alter ego. Le simulacre de réciprocité est bluffant (si vous n’êtes pas trop exigeant). Ces interlocuteurs virtuels ne vous contrediront jamais. C’est « une forme d’appauvrissement du rapport à l’autre, de l’envie de l’autre », souligne Nicolas Rollet, sociologue et chercheur à Telecom Pais et à l’Inria**. C’est le contraire de la communication. Cherchez l’erreur (ou la perversité).
* Replika,
character.ai, Wysa, Youper, Project December, Owlie, Woebot.
**Source : rfi le 08.02.2025.
Le pseudo-dialogue qui s’instaure entre le vrai demandeur et le faux répondeur est nourri par la « reconnaissance des émotions » de la part de la machine. Or que « sait-elle » ? Comment peut-elle faire la discrimination entre la sincérité et le discours fictif ? Il faut relire tout de suite Le Paradoxe du comédien de Diderot pour comprendre l’inanité de la « reconnaissance des émotions ». La démonstration faite par Richard III et Othello est définitive. Et c’est la sincérité de Cordélia qui la conduit à sa perte. Mais il est vrai que l’I.A. est inculte !
Ces « agents conversationnels »
peuvent même remplacer un parent décédé. Pour combler votre deuil, vous pouvez
retrouver l’image virtuelle et la voix reconstituée de la personne défunte.
L’I.A., qui n’a peur de rien, a inventé l’immortalité. Socrate n’a plus qu’à
reprendre un peu de ciguë.
En matière d’éducation, les « partenaires d’apprentissage » prennent un ton enfantin pour rassurer l’apprenant. Une voix adulte, c’est bien connu, est traumatisante pour un enfant. Ainsi se cumulent la bêtise pédagogique moderne et la bêtise neuroscientifique des geeks. L’enfant n’apprend plus à grandir, il n’apprend qu’à se dupliquer lui-même. On voit ici la cohérence du système, sa cohérence et sa finalité mauvaise. L’élève ainsi conditionné est un client parfait pour les réseaux sociaux et une proie idéale pour les influenceurs commerciaux qu’il est amené à fréquenter.
Pour faire face à toutes les critiques et aux
soupçons qui pèsent sur l’I.A., les « spécialistes » font remarquer l’immense
potentiel qu’elle représente en termes d’aide médicale, de soutien
psychologique, d’apprentissage, d’ouverture culturelle, etc. Mais justement,
ces vœux pieux ne sont encore, eux aussi, que virtuels tandis que les menaces sur
notre libre arbitre, les attaques à la morale et les réalités addictives
qu’elle engendre ne sont que trop présentes !
Que faire ? Le contraire
de ce que fait l’Intelligence préfabriquée. Contre la déshumanisation de
l’I.A., valorisons l’imagination, la rêverie, les jeux de mots, savourons les
triples sens des vers de Shakespeare, encourageons l’invention, écrivons de la
poésie, fuyons la répétition, exerçons notre conscience, éprouvons le
tremblement devant la beauté, recherchons les coups de foudre, goûtons
l’attente, l’art de la conversation, les secrets, enseignons la patience contre
l’immédiateté. Et comme cette liste n’est pas finie, cherchons ce qui n’a pas
de fin.




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