Notes de lecture : Daniel Marguerat, Paul de Tarse
Daniel Marguerat, Paul de Tarse
2ème partie
On sait
qu’il était instruit, parlant grec, issu d’une bonne famille, citoyen romain
par privilège, pharisien « intégriste » à l’origine, c’est-à-dire ne
tolérant pas l’impureté, le mélange, lui qui est devenu l’Apôtre des Gentils.
Il commence très tôt à persécuter les premiers chrétiens, une secte qui sème la
zizanie après la disparition de leur Rabbi… jusqu’à sa conversion, qu’il
appelle apokalyptein, c’est-à-dire la révélation, le dévoilement. Cette
conversion a été longue, on parle des « années obscures » de Saül,
une bonne dizaine d’années, peut-être plus. Paul ne commence donc sa mission
que vers l’âge de 30 ou 35 ans. Sa première lettre pastorale est écrite vers
50.
Bien qu’il nie être le fondateur du
christianisme ─ « Nul ne peut en poser un autre que celui qui est en
place : Jésus Christ » (1 Corinthiens 3, 11) ─, il
« invente » deux choses. Premièrement, l’égalité absolue des
humains « dans le Christ ». Non, il n’a pas prôné l’abolition de
l’esclavage. Il a seulement fondé la « personne humaine » dans son
identité propre, dans son intégrité, à l’exclusion de toute appartenance
(« ni juif, ni grec, ni homme, ni femme ») et ce n’est pas rien. Paul
ne remet pas en question l’ordre social ─ « que chacun vive selon la
condition que le Seigneur lui a donnée en partage », dit-il (1 Corinthiens
7, 17) ─, il fait mieux que cela, il dit que cette condition n’a aucune
importance. Adieu les hiérarchies, adieu les castes et les
« états », adieu les rentes, adieu les privilèges de l’origine, adieu
Bourdieu et les sociologues. Et dès les premières communautés, Paul insiste
pour qu’elles soient inclusives, mêlant hébreux, païens et
« craignant-dieu » indifféremment. Parmi ses
« secrétaires », il était entouré d’autant de femmes que d’hommes. Et
c’est ainsi qu’il invente l’Église universelle, et en allant plus loin la
civilisation universelle…
Sa deuxième « invention », c’est
ce qu’il appelle la Croix. Qu’est-ce que cela signifie ? La
crucifixion était, à l’époque romaine, la forme la plus raffinée de l’infamie,
une déshumanisation complète, réservée aux pires criminels. Et c’est
justement ce « scandale pour les Juifs, [cette] absurdité pour les
païens » (1 Corinthiens 1, 18-25), qui fonde la personne humaine… parce
que le crucifié est ressuscité : voilà toute la différence. Ce n’est pas
« le sacrifice de la croix » qui fonde la religion chrétienne
(version sacrificielle), c’est sa négation. En bonne logique, tous sont
appelés à ressusciter. Daniel Marguerat précise : « Paul ne parle
jamais de la résurrection de la chair, mais de la résurrection du corps,
c’est-à-dire de la personne, du ‘‘je’’. » Cette négation de l’infamie (on
ne devait pas, à l’époque, même lever les yeux sur un crucifié), fait exploser,
pour toujours, toute forme de valorisation sacrificielle. Adieu les guerres,
adieu les révolutions violentes, adieu la « destruction créatrice »,
tout est à repenser !

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