Parution
Salves de blues, le dernier
livre de Daniel Maximin (Caraïbéditions) raconte l’histoire vraie de
sept jeunes « bébés-résistants » ─ le plus jeune a 17 ans ─ qui ont
été fusillés par les Nazis le Lundi 9 mars 1942. L’idée originale du roman est
de concentrer la narration sur le seul jour du 9 mars 1942, à travers les
témoignages de cinq amis musiciens des fusillés. Ces cinq personnages sont
fictifs, mais le récit est si habile qu’il se confond parfaitement avec la
vérité historique. Daniel Maximin parle de « la complicité fidèle de la
fiction ». L’exercice aurait pu être périlleux, le pari est complètement
réussi. Le récit se lit dans une formidable continuité.
Parmi les qualités premières du livre, je retiens la construction, d’une
incroyable complexité, sans que le fil de la narration soit jamais interrompu
entre les cinq récits. Il faut aussi souligner l’écriture d’un parfait
classicisme, maîtrisée de bout en bout, à l’exception notable du chapitre où il
fait parler une jeune Guadeloupéenne, Ady, de façon si habile qu’on l’entend
avec son accent antillais.
Le sujet est évidemment tragique, mais l’émotion est retenue par la
pudeur des protagonistes qui ne se laissent jamais aller à un pathos qui serait
facile.
Ce concerto à cinq voix, comme cinq récitatifs, soutenu par un rythme de
jazz (interdit par les Nazis), est captivant. Le lecteur connaît parfaitement
« la fin de l’histoire », puisqu’elle est donnée d’emblée, et
pourtant la pérégrination haletante dans Paris des cinq soutiens aux
« bébés-résistants » se suit comme si elle était filmée caméra à
l’épaule.
C’est passionnant.


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