Sacrificiel
Justice restaurative ?
Quand un « mal irréparable » a été
commis ─ viol, inceste, génocide ─, que peut la justice ? La justice
rétributive, traditionnelle, se concentre sur les coupables et les punit. Elle
sépare le criminel de la société. Cet acte de séparation est en soi un
sacrifice. Pour beaucoup, c’est un sacrifice utile, bien que la justice le
cache pour qu’il ne paraisse pas une vengeance.
On met
l’accent, aujourd’hui, sur les victimes. Elles viennent au centre de l’acte
judiciaire, faisant du coupable un personnage secondaire. L’attitude est
louable, mais de quelle justice s’agit-il ? La justice restaurative, ou réparatrice, ou
reconstructrice, se veut une justice qui répare au lieu de rajouter de la
violence à la violence. L’ambition est magnifique. Mais jusqu’à quel point est-elle
non sacrificielle ? Il faut envisager plusieurs scénarios.
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La seule
« justice » non sacrificielle possible est celle du pardon.
Elle est à peu près impensable pour la majorité des couples victime-coupable.
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L’autre issu
est celle de l’évitement, comme la « résolution » de
l’histoire de la femme adultère, ou du jugement de Salomon. Personne n’est
puni. Cela implique que les coupables, là aussi, se reconnaissent coupables.
Sans demande de pardon, il n’y a pas de pardon possible.
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La
« justice restaurative », si elle va au bout de sa logique, implique
que le coupable répare lui-même sa faute. Mais s’il s’agit d’un
« mal irréparable » ?
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Le
comportement le plus courant est de punir le coupable, en le séparant de
ses semblables (ceci paraît être une violence « justifiée »), et de
faire en sorte que « la société » se charge de réparer le mal commis,
un peu comme la médecine « répare les vivants ».
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Cette
réparation ne peut pas être financière, ou matérielle tout simplement. Elle
sera souvent symbolique.
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La plus belle
action possible est de « donner la parole aux victimes ». Ce serait
déjà un grand progrès. La plupart des victimes honteuses se taisent. La
tendance aujourd’hui est de leur offrir la parole le plus tôt possible après le
crime (pas vingt-cinq ans après). Les femmes commencent à avoir accès à cette
« thérapie ». Pour les enfants, c’est beaucoup plus difficile. Une
petite fille ne dénonce pas volontiers son père incestueux.
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On peut
reprendre ici les belles propositions de Françoise Dolto pour qui il était
essentiel de donner la parole aux enfants. La justice est l’art de la
parole.
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Reste à savoir
écouter les victimes ─ ce que nous ne faisons pas facilement, tant leur
état nous dérange. Elles nous tendent un miroir dans lequel nous ne voulons pas
nous reconnaître.

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