Shakespeare

  


Hamlet est-il incompréhensible ?

 

Olivier Py : « J’ai trois fois monté Hamlet, labyrinthe de la conscience occidentale. Qui interroge les rapports filiaux, la mort, la politique, la folie, le divin, le diabolique, l’être, le paraître, le théâtre, le sexe… Mais qui est Hamlet ? […] Il incarne tout et rien à la fois, chacune de ses phrases est une énigme, et s’il fascine, de génération en génération, c’est parce que nous ne le comprenons pas. »

   Daniel Mesguich : « Mais voyons, Hamlet n’est personne ! […] Hamlet est un trou noir. Prenez la phrase ‘‘Être ou ne pas être’’, elle ne veut rien dire. »

Interviews à retrouver dans Télérama n° 3952

   Peut-on être plus niais et l’avouer plus ingénument ? De toutes les questions qu’Olivier Py se pose, aucune ne concerne directement Shakespeare. La question centrale d’Hamlet est celle de la faute. Il faut relire le monologue de Claudius sur l’impossibilité du pardon. On pourrait dire aussi que le cas de conscience de Shakespeare/Hamlet, c’est la justification de la peine de mort. La mort de Claudius « excuse-t-elle », « efface-t-elle » la mort de son père ? Le thème de la vengeance est la question de la légitimation du meurtre : c’est d’abord une question morale.

   Pourquoi les metteurs en scène d’aujourd’hui ne parviennent-ils pas à saisir Hamlet dans sa profondeur ? Parce qu’ils oublient (ou bien ils n’ont pas appris) le contenu chrétien de l’œuvre. Or précisément la conscience est le pivot du grand monologue d’Hamlet. Il s’agit d’une confession.  Et elle est faite directement au public (en public).

   Pourquoi l’époque moderne s’acharne-t-elle à éliminer la conscience ? Parce que les humains d’aujourd’hui, au vu des désastres qu’ils ont semés sur la planète, ne veulent pas reconnaître leurs responsabilités. Comme Hamlet : 

 

     The time is out of joint : O cursèd spite,

     That ever I was born to set it right!

 

     Le temps est sorti de ses gonds. Exécrable destin !

     Faut-il que je sois né pour tout remettre debout !

 

   Shakespeare avait déjà prévu l’obstacle sur lequel les « modernes » allaient trébucher.

 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

La violence instituée

Éducation

La violence et le sacré