Au-delà du sexisme

 

 

Camille Claudel 

Je n’admire pas Camille Claudel parce qu’elle est une femme, même talentueuse. Mais parce qu’elle fait vibrer en moi des émotions uniques, que je reconnais, comme si elles étaient miennes. Ce sont des émotions que nous partageons.

   Je connais par cœur la biographie de Camille Claudel, et comment elle a été malheureuse, et probablement persécutée parce qu’elle était une femme. Elle était surtout une artiste exceptionnelle qui faisait de l’ombre à son maître, Auguste Rodin. Deuxième motif d’exclusion (par rivalité mimétique).

   Ce n’est pas sa souffrance qui rend son œuvre belle. La souffrance qu’elle a connue ne fait partie que de sa condition d’artiste. La danseuse qui souffre de tous ses os pour interpréter Giselle passe par le même sacrifice, mais je ne vois que Giselle. Hélas ! l’art ne peut pas se passer du sacrifice. Il en est souvent l’expression sublime. De mon côté, je n’admire que le sublime, pas la souffrance.

   Non, la souffrance n’engendre pas une œuvre pas plus que la persécution n’engendre le génie. La souffrance est toujours une malédiction. C’est horrible à concevoir, mais c’est la vérité.

   Quant aux artistes, c’est leur production qui est admirable. Michel-Ange a beaucoup souffert pour peintre le plafond de la Sixtine, mais quelle merveille il nous a laissée ! Mozart pleure parfois dans sa musique, et le Lacrimosa ou l’Ave verum m’arrachent aussi des larmes. Camille Claudel s’est sûrement identifiée à l’Enfant prodigue, et c’est ça qui me bouleverse, notre commune identification.

   L’œuvre dépasse l’artiste, et c’est dans une espèce d’au-delà que nous nous retrouvons.

 

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