La violence toujours recommencée
La destruction
destructrice
La
« destruction créatrice » est un terme forgé par l’économiste américain d’origine
autrichienne, Joseph Schumpeter, à la fin des années 1940. Il s’agit d’une
théorie sacrificielle selon laquelle le capitalisme, pour avancer, doit
nécessairement détruire un certain nombre de choses sur son passage. Tel est le
prix de son efficacité. Les néo-ultralibéraux américains ont gardé ce
vocabulaire pour justifier le massacre qu’ils exercent sur leur pays. Mais ils
n’ont gardé que le vocabulaire. Leur destruction est en fait réelle, et
peut-être irréversible. Leur vocabulaire révèle donc exactement leurs méfaits,
si l’on retourne leur « récit » pour le mettre en perspective. Les
Institutions, la tradition démocratique, le pouvoir même de la Justice, tout
est remis en question, c’est-à-dire « déconstruit ».
Ce
qu’il y a de bien avec les tyrans, c’est qu’on les reconnaît au fait qu’ils
font toujours le contraire de ce qu’ils disent. L’équipe soumise à Donald Trump
jure qu’elle défend la liberté d’expression tout en exerçant une censure féroce
sur les écoles, les musées, et en diffusant, via ses réseaux sociaux et la
chaîne Fox News, une propagande à sens unique. La méthode politique s’apparente
à la terreur. Si vous déplaisez au chef suprême, vous pouvez disparaître en un
instant, « you’re fired » ─ littéralement : vous êtes cramé, on
a fait feu sur vous. Votre
élimination ne prend pas plus de 15 minutes. Et si vous voulez rester en grâce,
vous devez jurer fidélité au chef suprême, comme les jeunes nazis prêtaient
serment au Führer jusqu’à la mort.*
Nous avons affaire ici à une forme de totalitarisme comme George Orwell
l’avait dénoncé il y a 80 ans. Ainsi en est-il de MAGA qui est censée redonner
aux États-Unis leur grandeur et qui consiste à casser tout ce qui a fait sa
grandeur par le passé. C’est un jeu de massacre.
Un
état sans contre-pouvoir est proprement une tyrannie. Entre les démocraties
authentiques (toutes fragiles) et les hégémonies aveugles, il y a des degrés de
violence en fonction de la tolérance accordée à la justice libre, à la presse…
La « gloire » de l’Amérique était justement d’avoir, depuis sa
constitution, il y a deux siècles et demi, respecté la séparation stricte des
pouvoirs : pouvoir exécutif, pouvoir législatif, pouvoir judiciaire,
liberté de la presse comme quatrième pouvoir. Cela a tenu jusqu’à Richard Nixon
qui avait ouvertement triché avec ces principes. Mieux encore, à la suite du
Watergate, les différents pouvoirs ont vu leurs attributions renforcées et
garanties.
Mais
ce magnifique sursaut démocratique a fait long feu. Vu l’état actuel de la
démocratie aux USA, Tocqueville doit se retourner dans sa tombe.
Donald
Trump a tout d’un tyran banal. Ses laquais ressemblent à tous les laquais de
tyrans : J.D. Vance, Steve Bannon, John Yoo… Le mensonge est leur mode de
communication, la tromperie est leur idéologie et la menace leur mode de
fonctionnement.
Avec l’effondrement de la démocratie américaine, verra-t-on bientôt
d’autres démocraties s’écrouler ? L’Europe est largement menacée et les admirateurs
de Trump ne manquent pas de ce côté-ci de l’Atlantique. Mais l’Union
Européenne, globalement, résiste. Pour combien de temps ?
* Voir sur Arte TV : Trump contre la
loi.
https://www.arte.tv/fr/videos/127738-000-A/trump-contre-la-loi/

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