Le Jour du Jugement
La faute à qui ?
Qui
aime être jugé ? Qui supporte d’être jugé ? Rien n’est plus difficile que de
soutenir le regard qui nous juge. Inversement, combien nous nous sentons
innocents hors de toute présence ! Le regard distancie, le jugement sépare,
éloigne, déchire parfois. Il y a toujours une barrière entre celui qui juge et
celui qui est jugé. On ne peut que les représenter physiquement détachés l’un
de l’autre, le juge sur l’estrade, au-dessus, celui qui passe en jugement dans
le box, en-dessous. L’ordre qu’impose la justice paraît bien perfide. Il n’y a
pas pire épreuve que d’être jugé ─ sinon celle d’être condamné injustement. La
fin du monde est, à juste titre, appelée le Jour du Jugement. La littérature tout
entière est une longue histoire de jugements. De Julien Sorel à Meursault,
piochez au hasard...
La chasse au coupable est un jeu
excitant : remplacez l’œilleton du fusil par un écran médiatique, vous
aurez la même impression d’être un justicier.
Que fait-on généralement d’une faute ?
On essaie d’en être absout. Déjà Caïn devant Dieu… Notre société
« déculpabilisée » est équivalente à un système sans fautif, on
tourne en rond, on s’en remet toujours au global, « c’est la faute de la
société », le groupe a toujours tort et l’individu n’est jamais coupable.
Son fonctionnement est alors semblable à celui d’une fourmilière.
Il n’y a pas de bon châtiment, comme il n’y
a pas de bon coupable. Seul le pardon est bon et rend bon ce qui ne pouvait pas
l’être. Mes enfants ne se sont jamais endormis sur une punition. Si j’ai dû
punir avant l’heure du coucher, la sanction a toujours été suivie d’un câlin.
Et celui-ci était d’autant plus « gros » que le conflit avait été
dur.

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