Les Sonnets

 

 

Shakespeare et sa conscience 

Dans plus d’un tiers des Sonnets, Shakespeare ne s’adresse ni à W.H. ni à la Dame sombre, mais presque exclusivement à lui-même, allant, dans le sonnet 146, jusqu’à s’adresser à son âme. L’écriture des Sonnets est d’abord une longue et méthodique méditation sur lui-même, un exercice d’intelligence : ce sont bien plus des « sonnets de réflexion » que des « sonnets d’amour ».  Le sommet est atteint au sonnet 151 qui est une « analyse » de sa propre conscience ─ le mot « conscience » apparaissant trois fois sur seulement quatorze vers !

   On peut donc considérer les Sonnets comme le miroir de Shakespeare ─ les mots ‘glass’ et ‘mirror’ revenant de manière récurrente ─ et c’est dans ce miroir que le poète se cherche et probablement se trouve, jusqu’à atteindre un niveau de conscience exceptionnel.

   En parallèle à son théâtre, dans lequel le dramaturge tendait un miroir à son public, les Sonnets sont le reflet dans lequel il s’interroge lui-même ─ certains sonnets ne sont composés que d’une série de questions ─, et les ‘reply sonnets’ sont une tentative unique de recherche de compréhension de soi.

   Sachant qu’on trouve, dans les Sonnets, 787 formes à la première personne (‘I’, ‘my’, ‘me’, ‘mine’, ‘myself’), on est en droit de se demander à quel travail sur sa propre intelligence (et sur sa propre création) Shakespeare s’est astreint.

   Vus sous l’angle de l’autoanalyse, les Sonnets prennent l’aspect d’un labyrinthe où, tout en se cherchant à travers W.H. (‘’Tis thee my self’), le poète explore sa propre pensée, son acte d’écriture, autant que sa passion.

 

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

La violence instituée

Éducation

La violence et le sacré