Paradoxe
Péché de conformité
John
Le Carré, parlant du personnage de Mundy dans son roman Une amitié absolue, fait cette remarque : « Sa
révolte, sa colère, voire son sentiment de culpabilité viennent sans
doute de l’obligation dans laquelle il a été de se conformer au lieu de
résister. »
Formidable intuition. On se conforme, en
général, pour ne pas se différencier, pour ne pas se sentir exclus, au risque
de vivre dans la honte, sous le regard des autres. Et puis vient le
moment où cette conformité pèse sur la conscience : non, ce n’est pas
moi ! Et la culpabilité nous envahis pour de vrai.
Albert Camus adopte une position similaire dans Le Premier homme : « J’ai admis […] qu’il fallait seulement accepter d’être comme à peu près tout le monde. Puis j’ai décidé que non. » La réflexion est aussi simple que bouleversante. Son malaise vient de ce qu’il ne se pardonne pas d’être un mouton. À cet égard, il ressemble au Mundy de John Le Carré. S’agit-il d’une démonstration exemplaire d’autonomie ? D’un coming-out tonitruant ? Sûrement pas. Il y a bien « prise d’autonomie », mais ce n’est pas une autonomie déculpabilisée, il n’y a ni dérision ni mépris chez Albert Camus. Il s’agit, tout au contraire, d’une prise d’autonomie culpabilisante. Il finit par se sentir coupable d’être mouton, et à cause de cela, il sort du troupeau.


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