Shakespeare
Authenticité de l’œuvre
Il est à peu près certain que les textes que nous possédons de
Shakespeare, en particulier le Folio de 1623, ne sont pas conformes aux
« originaux », ceux qui ont été écrits originellement par
Shakespeare. Très peu de manuscrits authentiques ont été conservés, et on en
trouve très peu parmi ceux-ci qui soient complètement fiables. Les
« corrections » apportées lors des différentes éditions (les quartos
autant que le Premier Folio) peuvent avoir modifié gravement les écrits
originaux et peut-être les avoir dénaturés. Dans le cas où Shakespeare aurait « amélioré »
certains de ses textes, il a dû le faire à l’occasion de nouvelles mises en
scène de ses pièces : au cours de la vingtaine d’années où il a dirigé sa
troupe, les reprises n’étaient pas rares. Sans renier ses premières œuvres, il
a sûrement cherché à corriger ce qu’il avait imparfaitement formulé dans
ses années de « débutant » au théâtre.
Il est encore possible que les
textes aient été modifiés par les « rapporteurs » qui ont servi aux
éditeurs du premier Folio, John Heminges et Henry Condell, pour reconstituer
l’œuvre complète du maître entre 1616 et 1623. Ces « rapporteurs » étaient
les acteurs qui avaient tenu les rôles, et qui peuvent avoir changé les
répliques qui leur déplaisaient ou qu’ils avaient eu du mal à mémoriser ─
mais généralement, les acteurs ont une mémoire bien entraînée, donc fiable, ils
étaient instruits, ils savaient lire. Il peut aussi s’agir du texte du
souffleur qui ne se souciait guère de perpétuer l’œuvre pour la postérité.
Ces précautions étant prises,
on peut dire néanmoins que « l’œuvre de Shakespeare » est largement
de Shakespeare. Quant à l’authenticité
des Sonnets, je n’en doute guère.
Hormis quelques fautes d’impression assez criantes, tout y respire Shakespeare.
Il est assez probable que l’imprimeur George Eld a laissé passer quelques
coquilles. Mais Thomas Thorpe, l’éditeur, n’a pu que se servir d’un texte de la
main de Shakespeare, ce dernier n’aurait pas toléré un copiste pour une œuvre
aussi intime. Peut-être même tenons-nous, avec Les Sonnets, l’œuvre la plus proche de son origine parmi toutes les
créations de Shakespeare !

Commentaires
Enregistrer un commentaire