Crise du désir
Par manque de moyens
Face à n’importe quel problème social, à
l’école, à l’hôpital, pour la sécurité, les bonnes âmes accourent pour réclamer
plus de moyens, toujours plus de moyens. Cela s’appelle colmater les brèches.
Deux mille policiers de plus à Marseille vont-ils résoudre les problèmes du
trafic de drogues et éradiquer les réseaux de bandits qui font la loi ? Cela
m’étonnerait.
Ce
ne sont pas les moyens qui manquent, c’est la fin.
Où
est le désir ? Il doit bien y avoir une autre « motivation » que
l’argent. Qu’est-ce qui stimule mes concitoyens à agir, à bouger, à se montrer
utiles ?
Hannah Arendt admirait saint Augustin pour sa merveilleuse
intuition : « Initium ergo ut esset, creatus est homo, ante quem
nullus fuit » ─ qu’on peut traduire par « L’homme a été créé, avant
toute autre créature, pour qu’il y ait un commencement » ou « pour
que quelque chose commence ». Redoutable responsabilité. Extraordinaire
perspective. Qu’est-ce qui commence avec « moi » ? Qu’est-ce qui
me pousse en avant ?
Ce n’est pas que nous manquions de finalités mais, dans notre doxa
matérialiste, athée, nous les avons strictement transférées sur l’accroissement
du profit. En termes proprement marchands, le profit est une fin en soi. Les bénéfices servent
ensuite à rémunérer les acteurs du système, à proportion de leurs
« moyens » : beaucoup d’argent aux riches, et des miettes pour
les autres. Le système ainsi s’autoalimente. C’est un cercle qui n’est pas loin
d’être vicieux.
Comment pousser les individus à tout
donner afin de conquérir des
profits toujours supérieurs ? Le moyen
est de mettre tout le monde en rivalité. Cette « saine
compétition » est censée pousser chacun à dépasser l’autre et dans la
course, tout le monde finit... par courir plus vite. C’est assez niais comme
principe, mais globalement ça marche, tant qu’on se fixe des objectifs
« atteignables ».
Cherchez un
but, une finalité et ne trouver que l’argent est assez débile. Alors que
l’humanité manque de tout : de nourriture, de soins et de médecins, d’air
respirable, d’eau potable, d’un habitat salubre, etc. Ce ne sont pas les
causes qui manquent, mais soit elles nous découragent, soit elles nous
fatiguent, soit nous croyons que nous allons y perdre un peu de nos petits
privilèges. Des privilèges qui ne sont que ceux que nous ne partageons pas avec
le reste de l’humanité. C’est « ma » vie privée… Privée de
quoi ?
Comment
l’individu seflique, bien calé dans sa bulle, verrait-il plus loin que le petit
confort de son petit moi ?

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