Éducation
L’important c’est de sortir du cadre
Explication de texte
S’il est bien un exercice « canonique »
dans le système scolaire français, c’est la sacro-sainte explication de
texte. Je le confesse, je n’ai pas beaucoup pratiqué « l’explication
de texte » en classe. D’abord, parce que je n’étais pas professeur de
lettres. Un jour, un inspecteur m’a dit qu’il valait mieux faire
« étudier » une page du Daily Telegraph qu’un poème. J’ai demandé
pourquoi. Il m’a répondu : parce qu’il y a plus de texte.
Authentique !
La
raison majeure de ma pratique modérée de l’explication de texte, c’est qu’en
anglais, si l’on aborde un texte un tant soit peu « soutenu », les
élèves n’y arrivent pas. Quand j’ai osé un peu de Shakespeare, je sais qu’en
réalité c’est moi qui ai fait tout le travail d’analyse, mes questions et mes
échanges avec les élèves ne consistaient qu’à les faire approuver ce que je
disais. Ce n’était pas complètement inutile, mais il me semblait que ce n’était
pas très honnête. Pourtant, comment auraient-ils pu, en une heure, interpréter
l’épilogue de La Tempête ?
Ma pédagogie très interactive voulait que les élèves aient le maximum
d’initiatives dans la classe. J’ai donc choisi de pratiquer
« l’implication de texte ». Du genre : vous êtes le personnage
principal de la scène mais vous réagissez autrement. Ou bien : que pense
le personnage qu’il ne dit pas ouvertement ? Ou bien : vous êtes une
petite souris et vous observez le comportement des protagonistes. Ou
encore : vous êtes la chaise sur laquelle le personnage s’est assis… J’ai
également pratiqué le « détournement de texte ». Cela consiste à
conserver la forme d’un texte court, d’en changer le maximum de mots (un verbe
pour un verbe, un nom pour un nom, un adjectif pour un adjectif), en changeant
le thème mais en gardant la structure générale. On parvient à une composition
parfaitement anglaise (il n’y a pas de faute de grammaire, et pour
cause !) et « l’auteur » (l’élève) a produit un récit
« original », ou au moins inédit.
À
l’oral, je demandais aussi parfois de me dire le texte de
différentes manières : en colère, très triste, avec l’air de se moquer,
etc. Et ô merveille, nous avons souvent décelé dans les textes des sens
insoupçonnés, des sous-entendus délicieux, des inflexions savoureuses.
Ceci n’est qu’un aperçu de mes « méthodes » ─ qui n’étaient
rien d’autre, en fait, que des jeux. En tout cas, cela se passait dans
la joie et comme l’a dit mon ami Paul Claudel : « Du côté où il y a
plus de joie, c’est là qu’il y a plus de vérité. »

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