La chance que j’ai
Insupportable Europe
Cherchez sur la planète une région qui a
connu la paix pendant quatre-vingts années de suite, c’est-à-dire où les états
ne se sont pas entredéchirés par des guerres fratricides. Mieux que cela, une
région divisée en deux par la Guerre Froide et qui a refait son unité sans un
mort ! Une région où la démocratie n’a pas été remise en question, où l’on
peut voter librement, dire du mal de son président sans aller en prison,
s’exprimer sans la peur d’une répression sournoise. Une région qu’un chef
d’État (magyar) peut se permettre de mépriser tout en en gardant tous les
bénéfices. Une région où les femmes sont
devenues plus sûres d’elles-mêmes, où les minorités sexuelles ne vivent pas
quotidiennement dans la honte. Où la prospérité économique, malgré toutes les
injustices, a quand même été constante. Où « l’égalité des chances »
est presque assurée : il ne suffit pas d’être « né quelque
part » pour prétendre être reconnu. Une région du monde où l’on peut
tomber malade sans se ruiner ; mieux que cela, une région où le souci
d’être malade ne vient que lorsque l’on tombe malade… Une région où les arts
sont florissants, multiples, contestés mais pas censurés, où le mélange des
influences est total ! Une région où vous pouvez vous déplacer sans
justifier de vos « droits », votre « identité », votre
« passeport ». Où les frontières ont été abolies, tout simplement.
Cette
région, c’est l’Europe, enviée par beaucoup de silencieux, vilipendée par tout
un tas de jaloux. Une Europe que les Britanniques ont eu la folie de quitter
(ils le regrettent amèrement). Une Europe où les Ukrainiens, les Géorgiens
voudraient entrer, et on les en empêche. Une Europe égoïste aussi, qui résiste
aux migrations du monde entier après avoir montré un visage trop heureux. Une
Europe contestée par les anti-occidentalistes : mais qu’ils essaient
simplement de faire mieux !
Le
modèle est d’autant plus remarquable que cette Europe s’est formée par union et
non pas par rivalités accumulées. Mais d’où vient cette sagesse ?
Pourtant, cette Europe se rétrécit, sous la double pression extérieure
des envieux incapables, et intérieure des imbéciles sans mémoire, des
privilégiés qui crachent dans la soupe.
Dans cette Europe, j’ai vécu 80 ans et je n’ai jamais douté de
conserver mes privilèges, ma culture millénaire, mon mode de vie si facile
qu’il paraît naturel. Rien ne peut se comparer à l’absence de peur.

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