Littérature
Écrivains représentatifs
Pourquoi Céline, Houellebecq et Cioran
sont-ils représentatifs de leur époque ? Parce qu’ils ont décrit,
avec un certain talent, le vide de « l’homme sans désir », l’homme
moderne, plus absurde même que l’homme de Camus. Mais quelle idée d’être
« représentatif de son époque » ? « Être dans le
vent » est une ambition de feuille morte !
Ils l’ont décrit, dis-je, ils n’ont rien fait d’autre. Ils n’ont rien révélé. Il s’agit, de leur part, d’une recension, d’un inventaire. Et alors ? Ils ne laissent la place à aucun autre que soi parce qu’ils ne sortent pas de leur « soi ». Vertige moderne. Or « ma » vérité, ce n’est pas moi qui la « possède », c’est l’Autre, c’est mon prochain. « L’âme que nous ‘‘avons’’ est dans l’autre », a dit Françoise Dolto. Beaucoup mieux que soi, plus grand que soi, c’est l’Autre… Mais ce n’est pas « moderne ».
*
En contrepoint des auteurs représentatifs, on trouve les « poètes
maudits » ─ ce sont parfois les mêmes. Ainsi Albert Camus
confie-t-il :
« Le thème du
poète maudit né dans une société marchande (Chatterton en est la plus belle
illustration), s’est durci dans un préjugé qui finit par vouloir qu’on ne
puisse être un grand artiste que contre la société de son temps, quelle qu’elle
soit. Légitime à son origine quand il affirmait qu’un artiste véritable ne
pouvait composer avec le monde de l’argent, le principe est devenu faux
lorsqu’on en a tiré qu’un artiste ne pouvait s’affirmer qu’en étant contre
toute chose en général. »
Extraordinaire modernité de Camus qui a échappé à l’impasse stérile de
la modernité.

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