Tu es de mon espèce
Tous égaux, mais comment ?
Saint Paul insiste pour dire que nous sommes égaux
« dans le Christ », mais il me semble que c’est une échappatoire de
s’en remettre au surnaturel pour « régler nos problèmes ». Nous ne
sommes pas censés nous aimer dans l’au-delà mais tout de suite, ici-bas. Notre
unité, comme espèce, n’est pas surnaturelle, elle est incarnée. Nous naissons
universels.
Nous ne naissons pas « divers », mais avec dans notre cerveau
inachevé la capacité d’apprendre toutes les langues. Nous possédons, avant même
d’avoir respiré, tous les caractères linguistiques communs à toutes les langues
du monde ─ ce qu’on appelle justement les « universaux ». Le
nourrisson est capable de discriminer la quasi-totalité des phonèmes humains,
c’est-à-dire les 600 consonnes et 200 voyelles environ qu’on trouve dans tous
les idiomes de la planète. Un nouveau-né chinois peut apprendre le zoulou sans
la moindre difficulté. Un petit Lapon, placé dans l’environnement convenable,
parlera la langue aborigène d’Australie sans effort. Un Indien du Mato Grosso peut parler
l’anglais sans le moindre accent…
Entre
un homme et une femme, il n’y a rien de moins qu’entre XX et XY, le reste de
l’alphabet est le même. Entre un Soudanais et un Suédois, rien qu’une dose de
mélanine. Entre un Juif et un Arabe, je cherche encore… Il y a dans le
phénomène humain une « constante fondamentale » tout à fait
surprenante. Même vues sous l’angle culturel, nos différences sont
minimes : les dieux sous tous les cieux ont de tels airs de parenté !
Cela peut déplaire aux « différentialistes ». Tant pis. Le racisme
est sans fondement aucun, c’est une hypothèse absurde soutenue par des imbéciles.
Je peux recevoir le sang d’un Inuit ou d’un Philippin aussi facilement que de
ma sœur. Comment, dans l’Évolution (avec une majuscule), la Nature a-t-elle
« choisi » de conserver ce qu’elle a conservé ? Et en premier
lieu, son unité ! La nôtre, en l’occurrence. Tel est le mystère de la Création.
Nos ressemblances ne sont donc pas fortuites. Nos différences, elles,
sont artificielles… on dit aussi : culturelles.
Cette unité initiale de l’espèce, nous nous obstinons à la perdre, à la
gaspiller. Défaire ce que Dieu a créé est proprement un péché. Et ce péché est
« non point originel, [mais] terminal, prochain, final. » L’expression est
de Michel Serres (Le Tiers-Instruit). Que cela déplaise aux
réactionnaires, aux libertariens, il n’empêche que nous avançons inexorablement vers l’universel : versus
in unum. La devise du nouveau pape Léon XIV, donnée en
latin, est la suivante : In illo uno unum, soit
en français « En celui qui est un, soyons un ».

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