Victimisation
Des victimes changées en leur contraire
Il faut, je crois, associer « la régression
sacrificielle » à laquelle nous assistons, et dont nous sommes tous
conscients (sauf encore quelques djihadistes forcenés) à une « crise de la
révélation ». La violence s’exerce de plus en plus aveuglément et de plus
en plus vainement. Le moindre conflit, la moindre guerre ont-ils des chances
d’aboutir à quelque chose d’idéal ?
Révélation
donc. Les « douleurs de l’enfantement » ne font que commencer. Nous
venons à peine d’avoir « perdu les eaux ». Ou pour reprendre une
analogie biblique plus ancienne, « nous ne serons pas expulsés du
jardin d’Eden », nous sommes déjà dehors, nous l’avons fui en
courant, et nous découvrons que nous sommes nus. La tentation est grande de se
vêtir des quelques oripeaux qui nous restent : bouts d’idéologies
surannées, croyances obsolètes. Cela, de toute évidence, ne va pas faire
l’affaire. La révélation passe par une conversion totale de nos réflexes
sacrificiels ataviques. Il va falloir
reprogrammer nos logiciels ─ ou nous passer de logiciels… Et peut-être aussi inverser
nos valeurs.
Les victimes,
aujourd’hui, sont reconnues, elles parlent, et pas seulement ! Ce n’est
pas tant que « les victimes parlent », c’est qu’elles se
vengent aussi ! Job s’est levé de son
tas d’ordures, il a pris sa voiture et fonce sur un Marché de Noël. " Le monde moderne est plein d'anciennes vertus chrétiennes devenues folles ", avait prévenu G. K. Chesterton. Voyez le Moyen-Orient ! La Shoah est devenue une « théorie » pour les
enfants des victimes, qui n’ont pas été victimes, et qui n’ont pas
d’autres sacrifices à mettre en avant pour se…
donner raison. En être réduit à « gratter les cicatrices »
pour se sentir exister est déjà assez triste en soi. Se servir d’un passé, dans
lequel on n’a nulle part, pour justifier sa propre violence, son goût héréditaire
pour la vengeance, est assez bas. Dans le camp opposé, chercher à consommer la
culpabilité de l’autre ─ comme vouloir se débarrasser de la « culpabilité
allemande » pour s’adonner à des comportements néonazis ─ est d’une
bassesse au moins aussi lamentable. Ces attitudes sont « révélatrices ». Nous
avons accordé une visibilité aux victimes et elles ne se comportent plus du
tout en victimes. Comme si la Révélation avait été pervertie. Bien sûr, Satan
est à la manœuvre.
Le coup était
prévisible, annoncé par Jésus lui-même. « Malheur
à vous, scribes et Pharisiens, qui bâtissez les sépulcres des prophètes et
décorez les tombeaux des justes, tout en disant : Si nous avions vécu
du temps de nos pères, nous ne nous serions pas joints à eux pour verser le
sang des prophètes. Ainsi, vous en témoignez contre vous-mêmes, vous
êtes les fils de ceux qui ont assassiné les prophètes ! Eh bien !
vous comblez la mesure de vos pères ! » (Matthieu 23, 29-31)
Le début du commencement du rétablissement
de la vérité, ou de la fin de la méconnaissance, passe par une définition
claire de la victime. Ou sa reconnaissance vraie. Quel statut lui
accorder ? Évidemment NI celui de bouc émissaire favori, NI celui de
représentant du prolétariat qui est « l’avenir du monde ». Les
vieilles idéologies craquent de partout.
Et conjointement à la définition de la
victime, quels sont les véritables persécuteurs ? Les premiers sont les
« persécuteurs économiques ». Les riches sont devenus leaders. Les
oligarques russes soutiennent Poutine. Les milliardaires de la Silicon Valley
financent Trump.
Quant à ceux qui vont oser dire la vérité, ils
ont déjà été mis en garde :« ‘‘Vous serez persécutés’’, leur dit-il »
(Matthieu 10, 17-20).

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