Banalité de la sottise

 

 

Bienvenue aux immigrés 

Si l’on voyait disparaître de France toutes les professions assumées par les immigrés, de fraîche ou longue date, ce serait la ruine assurée : autant les artisans, les commerçants, les restaurateurs, les artistes que tous les personnels hospitaliers, des aides-soignants aux spécialistes… Sans parler des milliers de petites mains dans le bâtiment, la mécanique ou l’agriculture. Les extrémistes archaïques qui veulent redéfinir le territoire en privilégiant la suprématie blanche (et mâle !) sont des irresponsables. Ils sont surtout peu reconnaissants des services rendus par ceux qu’ils détestent. Ils se satisferaient de l’esclavage, mais reconnaître aux nouveaux venus des droits qu’eux-mêmes, les « locaux », ont acquis sans mérite (par naissance), cela leur semble une injustice. Alors que c’est leur comportement chauvin, xénophobe, raciste, qui est une injustice.

   Il y a si peu de fondement au « rejet de l’étranger » que cela montre qu’il s’agit bien d’un acte sacrificiel, rien de plus. L’étranger, c’est celui que l’on rejette pour se sentir exister. Triste existence ! Les xénophobes sont inaccessibles à la raison, et leur montrer leur démontrer que les étrangers contribuent à la « richesse de la nation » est un débat perdu d’avance. Leur « pensée » est tellement sotte, tellement close sur elle-même, qu’ils ne comprennent rien à leur propre intérêt. Quand Hannah Arendt déplorait « …parmi les principales caractéristiques de l’époque moderne : la conviction que l’on peut résoudre tous les problèmes et ramener toutes les motivations humaines au principe d’utilité », elle n’avait pas envisagé que l’aveuglement idiologique des extrémistes les conduirait à nier la réalité même. « Les faits sont têtus », mais les nationalistes, les libertariens, les ultras de droite sont convaincus d’avoir raison. Cela ressemble à du fanatisme. Au pays de Voltaire, où l’on est si fier de sa culture, c’est un comble de désaveu. C’est que l’« esprit sacrificiel » s’accompagne d’une dose incurable de méconnaissance, comme René Girard l’a si brillamment prouvé. Cette méconnaissance est un poison si violent qu’il agit comme un agent auto-immune.

   Ces « champions de la souveraineté » sont semblables, hélas, à tous les petits autonomes d’aujourd’hui qui ne veulent dépendre de personne mais qui appellent le 15 à la première alerte. Quelle banalité !

 

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